Que signifie l’étrange et mystérieuse histoire des « rois-mages » ?

L’évangéliste n’a jamais dit… qu’ils étaient rois.

Quentin Massys-Mages347e copie.jpg

Mais pour offrir des choses aussi précieuses que de l’or et de l’encens, il faut au moins…
( pour des pauvres bergers ) …venir d’un palais de roi !

Babylone-lou428 2 copie.jpg

Ils étaient mages. Ils scrutaient des mystères… scientifiques ?  astrologiques ?…

Qu’ont-ils vu dans le ciel, vers l’an 6 ou l’an 4 avant JC ?
la conjonction rare (et intermittente ) de Jupiter et de Saturne,  qui faisait apparaitre ainsi dans le ciel nocturne de l’Orient comme une étoile nouvelle…?

Ils étaient en recherche… en demande de vérité.
La Vérité, ils ont été la chercher, vers l’Occident.
Ils ont été VOIR… CRECHE BorealeN2—tt copie.jpg
Au terme d’une longue quête, ils ont trouvé cette Vérité mystérieuse et déconcertante : l’incarnation d’un petit enfant dans une étable misérable…14c2-JMM-Giotto-Scrovegni-mages copie.jpg

Eux, ils ont adoré ce qu’ils ne connaissaient pas .
Et ils ont médité cette Vérité. Et ils l’ont conservé dans leur cœur.

leonardoadoracionmagos_grande2 copie.jpg
Et ainsi, ils ont protégé cette Vérité précieuse qu’ils avaient découverte.

Autun- réveil mages copie.jpg
Ils ont eux l’audace… d’écouter leurs rêves,
et de ne pas retourner chez Hérode « parce qu’il voulait du mal à cet enfant ! »Caravane afghane-48N copie.jpg
Bouleversés par cet enfant, ils ont choisi de retourner chez eux par un autre chemin,
sans passer par Jérusalem.
Ils ont évité cette ville sainte,  douloureuse et contradictoire…
… « la ville qui tue ses prophètes ».Jérusalem-Cimetière et templePPP2 copie.jpgA Jérusalem, les juifs, les scribes, les pharisiens, les grands prêtres, connaissaient la Vérité.Rembrandt-grav-Synagog3 sdw copie.jpg
Ils SAVAIENT que le Messie allait venir.
ils savaient mème… où le messie allait venir !

the-manuscript-of-the-bible.jpg« A Bethléem, en Judée, dans la ville du roi-David,  Bethléem, « la maison du pain »…

Ils savaient, et ils n’ont pas daigné se déplacer pour vérifier.

Rembrandt-Cent flo-pharisie 2 copie.jpg
Ils n’ont pas voulu TROUVER réellement cette Vérité qu’ils annonçaient et attendaient  depuis dix siècles.
Etrange apathie ! Etrange aveuglement !

mage dormant copie.jpg
Nous, chrétiens d’aujourd’hui, riches, instruits, apathiques, somme nous si différents ? 
 » Ce peuple m’honore du bout des lèvres, mais son cœur est loin de moi ! »


Ecoutons ce qu’en dit Edith Stein, (1891-1942)

Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix  , carmélite, martyre, copatronne de l’Europe
(Vie cachée et Epiphanie- trad. Source cachée, Cerf 1999, p. 245)


« Le Christ est notre paix : d’Israël et des païens il a fait un seul peuple ; par sa chair il a fait tomber le mur de la haine qui les séparait » (Ep 2,14)

Autun mages et présents3 copie.jpgLes personnes réunies autour de la crèche nous offrent déjà une image de l’Église et de son déploiement.
Les représentants de l’ancienne lignée royale à qui était promis le Sauveur du monde et les représentants du peuple croyant font le lien entre l’ancienne et la nouvelle Alliance.
Les rois du lointain Orient figurent les peuples païens qui devaient recevoir le salut de Juda (Jn 4,22). Ainsi, « l’Église issue des Juifs et des païens » est déjà présente ici.
rembrandt07 Ermitage copie.jpg
À la crèche, les rois mages sont les représentants des chercheurs de Dieu de tous pays et de toutes nations.
La grâce les a conduits avant même qu’ils n’appartiennent à l’Église visible.
Un pur désir de la vérité les habitait, qui ne s’en tenait pas aux limites des enseignements et des traditions de leurs pays.
Rembrandt-Nunc dimmitis 616013.jpg
Parce que Dieu est vérité et qu’il veut se laisser trouver par ceux qui le cherchent de tout leur cœur (Jr 29,13), l’étoile devait tôt ou tard briller aux yeux de ces sages pour leur indiquer le chemin vers la vérité.

Gozzoli-Adormage+ (2) copie.jpg
C’est ainsi qu’ils se sont retrouvés devant la Vérité faite homme, qu’ils se prosternent en l’adorant et déposent à ses pieds leur couronne car, comparées à elle, toutes les richesses du monde ne sont qu’un peu de poussière.Autun 215874 (2889 sur 4111) copie.jpg


 

Vous ne devinerez jamais… Qui a écrit cette belle méditation sur « la crèche de Noël » ?

Vous avez le droit d’exiger qu’on vous montre la Crèche. La voici.
Aureole 5 Bœuf parle copie.jpg
Voici la Vierge, voici Joseph et voici l’Enfant Jésus.
L’artiste a mis tout son amour dans ce dessin, vous le trouverez peut-être naïf, mais écoutez.
Vous n’avez qu’à fermer les yeux pour m’entendre et je vous dirai comment je les vois au-dedans de moi.
G copie.jpg
La Vierge est pâle et elle regarde l’enfant.
Ce qu’il faudrait peindre sur son visage,
c’est un émerveillement anxieux, qui n’apparut qu’une seule fois sur une figure humaine,
car le Christ est son enfant, la chair de sa chair et le fruit de ses entrailles.
Elle l’a porté neuf mois.
Elle lui donna le sein et son lait deviendra le sang de Dieu.
Elle le serre dans ses bras et elle dit : « mon petit » !
La Tour-NativitéAcat copie.jpg
Mais à d’autres moments, elle demeure toute interdite et elle pense :
« Dieu est là »,
et elle se sent prise d’une crainte religieuse pour ce Dieu muet, pour cet enfant, parce que toutes les mères sont ainsi arrêtées par moment,
par ce fragment de leur chair qu’est leur enfant,
et elles se sentent en exil devant cette vie neuve qu’on a faite avec leur vie et qu’habitent les pensées étrangères.
Mais aucun n’a été plus cruellement et plus rapidement arraché à sa mère,
car Il est Dieu et Il dépasse de tous côtés ce qu’elle peut imaginer.
Et c’est une rude épreuve pour une mère
d’avoir crainte de soi et de sa condition humaine
devant son fils.

Mais je pense qu’il y a aussi d’autres moments rapides et glissants où elle sent à la fois que le Christ est son fils, son petit à elle et qu’il est Dieu.

Honthorst-Adoration_of_the_Child001 copie.jpg
Elle le regarde et elle pense :
« ce Dieu est mon enfant ! Cette chair divine est ma chair,
Il est fait de moi, Il a mes yeux et cette forme de bouche, c’est la forme de la mienne.
Il me ressemble, Il est Dieu et Il me ressemble ».
Et aucune femme n’a eu de la sorte son Dieu pour elle seule.
Un Dieu tout petit qu’on peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers,
un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire,
un Dieu qu’on peut toucher et qui vit, …
Botticelli_Madone du Magnificat-112b copie.jpg
…et c’est dans ces moments là que je peindrais Marie si j’étais peintre,
et j’essayerais de rendre l’air de hardiesse tendre et de timidité avec lequel elle avance le doigt pour toucher la douce petite peau de cet enfant Dieu dont elle sent sur les genoux le poids tiède, et qui lui sourit.
Et voilà pour Jésus et pour la Vierge Marie.
Et Joseph. Joseph ?
Je ne le peindrais pas.
Unterlinden-Marie & Joseph N copie.jpg
Je ne montrerais qu’une ombre au fond de la grange et aux yeux brillants,
car je ne sais que dire de Joseph.
Et Joseph ne sait que dire de lui-même.
Il adore et il est heureux d’adorer.
Il se sent un peu en exil. Je crois qu’il souffre sans se l’avouer.
Il souffre parce qu’il voit combien la femme qu’il aime ressemble à Dieu.
Combien déjà elle est du côté de Dieu.
Car Dieu est venu dans l’intimité de cette famille.
Joseph et Marie sont séparés pour toujours par cet incendie de clarté,
et toute la vie de Joseph, j’imagine, sera d’apprendre à accepter.
Honthorst-Adoration_of_the_Child-crêche17e-3w - copie.jpg
Joseph ne sait que dire de lui-même : il adore et il est heureux d’adorer. »
FIN

Qui a écrit ce texte magnifique ?

Nous sommes en 1940, en Allemagne, dans un camp de prisonniers français.
Des prêtres prisonniers demandent à un  jeune normalien, professeur de philosophie à Neuilly, et prisonnier depuis quelques mois avec eux, …
…de rédiger une petite méditation pour la veillée de Noël.
Il s’appelle Jean-Paul Sartre.
Il va offrir à ses camarades ces quelques lignes inspirées.
A-t’on mieux médité le mystère de l’Incarnation ?
Un demi-siècle plus tard, Jean-Paul Sartre va conclure son itinéraire spirituel en écrivant: « LES MOTS »
« L’athéisme est une entreprise cruelle, et de longue haleine ! »
L’Esprit saint souffle… où Il veut, quand Il veut !

NB.  le texte se trouve intégralement dans l’ouvrage Les écrits de Sartre de M. Contat et M. Rybalka, NRF 1970].