Saint Augustin : sur la mort de ceux qu’on aime…

Pierre Puget-Marseille 693-2 copieLettre de Saint Augustin pour les obsèques


« Ne pleure pas si tu m’aimes.

Si tu savais le don de Dieu et ce que c’est que le Ciel.
Si tu pouvais d’ici entendre le chant des Anges et me voir au milieu d’eux.
Si tu pouvais voir se dérouler sous tes yeux les horizons et les champs éternels, les nouveaux sentiers où je marche !
Si,
un instant, tu pouvais contempler comme moi
la Beauté devant laquelle toutes les beautés pâlissent.

Quoi, tu m’as vu, tu m’as aimé dans le pays des ombres
et tu ne pourrais ni me revoir, ni m’aimer 
dans le pays des immuables réalités ?

Crois-moi, quand la mort viendra briser tes liens
comme elle a brisé ceux qui m’enchaînaient
et, quand un jour que Dieu connaît et qu’il a fixé,

ton âme viendra dans ce ciel où l’a précédée la mienne,
ce jour-là tu me reverras, tu retrouveras mon affection épurée.

Crois-tu que, en entrant dans une vie plus heureuse,
infidèles aux souvenirs et aux vraies joies de mon autre vie,
je sois devenu moins aimant ?
Tu me reverras donc, transfiguré dans l’extase et le bonheur,
non plus attendant la mort,
mais avançant d’instant en instant avec toi 
dans les sentiers nouveaux de la Lumière et de la Vie.

Essuie tes larmes et ne pleure plus si tu m’aimes. »

Saint Augustin (354-430)

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Rilke : La mort est l’autre face de la vie…

 

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Jérome Bosch – La montée des âmes vers le ciel. (Palais des Doges, Venise) Le peintre flamand, en 1502, fait ici une description extraordinaire de ce que tous les témoignages scientifiques modernes de survie appellent une NDE ( Near death experience ) L’impression d’apesanteur, et l’entrée dans une tunnel pour aller vers la Lumière…

Affirmer la vie, c’est aussi affirmer la mort.
Admettre l’une sans l’autre, c’est une limitation qui, finalement, nous exclut de tout l’infini.

La mort n’est que l’autre face de la vie, le côté de la vie qui n’est pas tournée vers nous, et que nous n’éclairons pas.

Nous nous réalisons simultanément dans l’un et l’autre monde,
notre existence s’y nourrit inépuisablement…
…car il n’y a ni un en-deçà, ni un au-delà, mais la GRANDE UNITE dans laquelle les êtres qui nous surpassent, les anges, sont chez eux.

Nous , les hommes d’ici et d’aujourd’hui, nous ne sommes pas un seul instant satisfaits dans le monde du Temps, ni fixés en lui.
Nous débordons sans cesse vers notre origine, vers les hommes de jadis, et vers ceux qui semblent venir après nous.
C’est dans ce monde ouvert, qui est le plus grand, que TOUS existent.

La nature, les choses qui nous entourent et qui nous servent sont provisoires et caduques, comme nous,
mais elles sont, aussi longtemps que nous sommes ici-bas, …
notre possession et notre amitié.

Pour nous, il s’agit donc, non pas de noircir et de rabaisser tout ce qui est d’ici-bas, mais précisément à cause de leur caractère provisoire, qui est aussi le notre, de saisir ces phénomènes et ces choses avec la compréhension la plus intime, et de les transformer.

Nous sommes les abeilles de l’univers.
Nous butinons éperdument le miel du visible
pour l’accumuler dans la grande ruche d’or de l’ Invisible !

                           RAINER MARIA RILKE 1910

 

 

Rainer Maria Rilke : La mort de la bien-aimée…

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RAINER MARIA RILKE


La mort de la bien-aimée

Il savait seulement de la mort
ce que tous savent :
Qu’elle nous prend et nous jette dans le silence.

Mais quand ce fut
ELLE,
non pas arrachée de lui, non !
Silencieusement effacée devant ses yeux,
Qui glissa vers les ombres inconnues,

Et qu’il sentit que, désormais, là-bas,
Ils avaient, comme une lune nouvelle,
son sourire de jeune fille,
et sa manière à elle d’être bienfaisante,

Les morts, alors, lui devinrent si familiers
qu’il se sentit, à travers elle,
tout proche parent de chacun d’eux.
Il laissa parler les autres,
Et ne les crut pas.

Et ce pays où elle allait,
lui, il le nomma :
le “bien-situé” le “toujours-doux”.
Et devant elle qui y marchait,
de la pointe du pied, il y aplanissait le chemin .

RAINER MARIA RILKE
TRADUCTION JEAN-MICHEL MAHENC 1994


Comme ce poème magnifique, caractéristique de la poétique et de la spiritualité de Rilke est difficile à comprendre et à traduire, je vous met ici le texte original en allemand, évidemment plus court et plus sibyllin, pour les « happy few » germanophones :


Der Tod der Geliebten

Er wußte nur vom Tod, was alle wissen :
Daß er uns nimmt in das Stumme stößt.
Als aber sie, nicht von ihm fortgerissen,
Nein, leis aus seinen Augen ausgelöst,
Hinüberglitt zu unbekannten Schatten,

Und als er fühlte, daß sie drüben nun
Wie ein Mond ihr Mädchenlächeln hatten
Und ihre Weise wohlzutun :
Da wurden ihm die Toten so bekannt,
Als wäre er durch sie mit einem jedern
Ganz nah verwandt ;

er ließ die andern reden
Und glaubte nicht und nannte jenes Land
Das gutgelegene, das immersüße — .
Und tastete es ab für ihre Füße

RAINER MARIA RILKE

 

Un « Evangile selon Rembrandt » : suis-je le « jeune homme riche » ? ai-je ma place parmi « les suffisants » ?

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Je relis quelques pages lumineuses de Paul Baudiquey. ( Un Evangile selon Rembrandt)
Un livre entier de méditations
sur cette petite gravure de 40×30 cm,
où Rembrandt a mis toute sa virtuosité minutieuse de graveur « aquafortiste »
et toute sa douloureuse compréhension de la vie et de la miséricorde de Dieu.

Capture d’écran 2017-08-07 à 19.43.20 copie.jpg Lire la suite

Etty Hillesum : que veux tu faire de moi, mon Dieu ?

Etty Hillesum-rechercher copie


Il m’arrive de me demander ce que tu veux faire de moi, mon Dieu.
Mais peut-être cela dépendra t’il justement de ce que je veux faire de Toi ?
                                   Etty Hillesum 25 Juillet 1942 Camp de Westerbork

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Pour mes amis en agonie, cette méditation difficile mais essentielle…