Ma vie et mes amours… s’éloigner et se refroidir, comme l’univers ?

…ou accueillir, embrasser, et s’embraser, pour faire que la Création se continue ?

En lisant les réflexions cosmologiques distinguées des astronomes sur l’expansion de l’univers, il m’est venu, ce matin (à jeun ) cette interrogation banale mais néanmoins récurrente :

Tout s’éloigne de tout ! Tout se refroidit…

A chaque seconde, toutes les étoiles, toutes les galaxies de notre univers s’éloignent les unes des autres,
et l’univers se refroidit inexorablement…
Déjà, il n’est plus qu’à 3 degrés au dessus du zéro absolu !
C’est très froid…

Heureusement que, par-ci par là,
il y a des étoiles…
petit oasis d’amour dans un désert glacé…

Les étoiles, dont la gravité attire, accueille et retient les moindres particules gazeuses qui passent à leur portée,
des étoiles où les particules se caressent, se pressent
et s’embrassent follement jusqu’a s’embraser et s’unir,

des étoiles qui rayonnent et éclairent et réchauffent
en brulant follement et généreusement tout leur hydrogène…
et qui finissent par exploser en semant des atomes nouveaux dans l’univers…

Etoiles du ciel ! Oasis d’amour où tout devient possible,
où les lois mystérieuses de la physique quantique font naître des architectures savantes,
des atomes de plus en plus complexes,
de plus en plus savamment agencés,

Gérard de Nerval le disait :
« Un mystère d’Amour, dans le métal, repose ! »

Et nous qui sommes des poussières d’étoiles,

NOUS, amas d’atomes et de cellules vivantes, merveilleusement agencés par un plan mystérieux,

Nous, prodigieux assemblage de cent milliards de neurones,
nous, nouveau point culminant de la Vie, devenu consciente d’elle-même,


Ssommes-nous des étoiles brulantes…
ou sommes nous déjà des résidus d’étoiles, créations avortées qui sont en train de s’éteindre, de se refroidir
et de retourner en poussière dans le vaste univers glacé…

Tout s’éloigne de tout, et se refroidit…
En est-il de même pour notre cœur et notre âme ?

Tout s’éloigne de tout, et se refroidit…
Et chez nous ?
En est-il de même pour notre cœur et notre âme ?

Si nous ne faisons rien,
à chaque instant nous nous éloignons imperceptiblement de tout ce que nous aimons,
et nous laissons notre cœur et notre âme se refroidir et se congeler peu à peu…

Comme le chante Léo Ferré, dans « Solitude! » :
Alors, … on n’aime plus.
Et l’on se sent floué
par les années perdues…

Leo ? Est-ce que ce n’est pas une bonne définition de l’enfer ?

Ils sont venus avant nous…ils ont espéré, un moment, ils ont aimé…ils ont donné un sens à l’aventure mystérieuse du Cosmos. « L’univers est une machine à faire des Dieux. » (Henri Bergson)

Chaque jour, l’Univers nous interroge. A quoi allons nous servir aujourd’hui ?

Est-ce que nous laissons notre cœur et notre âme se congeler peu à peu, s’éloigner de tout, se perdre dans l’immense solitude du cosmos ?
Ou bien, sommes nous prêts à devenir une petite étoile de plus ?


L’univers s’étend, pour nous laisser la place…
Il attend que la petite étoile que nous sommes fasse son travail quotidien,
aimer, accueillir, embrasser, et s’embraser pour faire naître des atomes nouveaux,
et faire que la Création, mystérieusement, se continue avec nous, et par nous.

Le romantisme et la poésie de Lord Byron, par Charles Nodier.

Ceux qui aiment les poèmes en prose, se régaleront de réciter lentement, à haute voix, cette page magnifique de Charles Nodier.
Ceux qui s’intéressent à l’histoire de notre littérature européenne découvriront ici une analyse sarcastique et pénétrante des conditions de naissance du romantisme :

Œuvres complètes de Lord Byron
AVANT–PROPOS PAR CHARLES NODIER

L’apparition de lord Byron dans la littérature européenne est un de ces événements dont l’influence se fait ressentir à tous les peuples et à toutes les générations :
non que lord Byron soit, comme l’ont avancé quelques critiques irréfléchis, le créateur d’un nouveau genre de poésie; il n’appartient pas à l’homme de rien créer; et moins encore la langue poétique, c’est-à-dire celle du goût et du génie, que la langue usuelle des besoins.
Témoin du renouvellement d’une civilisation, lord Byron a été l’interprète le plus puissamment inspiré de tous les sentiments, de toutes les passions, tranchons le mot, de toutes les frénésies qui s’éveillent dans l’intervalle orageux où se confondent les essais d’une société naissante et les convulsions d’une société qui tombe.

Je le répète: il n’a pas plus inventé cette poésie que cet état de choses: il l’a révélée.

On se récrie cependant sur cette multitude d’imitations plus ou moins heureuses que le succès presque universel des poèmes de lord Byron a produites, soit dans notre littérature, soit dans la plupart des littératures contemporaines; on s’étonne, dis-je, de l’envahissement immense et simultané du genre romantique, à défaut de reconnaître que cette tendance des esprits résulte bien moins de l’influence accidentelle d’un homme de génie que de l’état et des besoins réels de notre société.

Essayons de montrer comment cette révolution s’est faite, et d’établir que son action inévitable n’a pu se manifester par d’autres résultats.

Depuis les siècles de renouvellement qui ont succédé aux âges appelés barbares, toutes les sciences et toutes les idées éclectiques de l’homme ont tendu à se matérialiser; et, par un effet de réciprocité infaillible dont la cause est dans notre nature, qui aspire toujours à exister quelque part hors d’elle-même, les choses purement matérielles de la vie ont éprouvé le même penchant progressif à la spiritualité.

Ainsi, d’une part, les idées abstraites de l’étendue et du temps ont été soumises à des formules exactes et à des figures inaltérables;
les incompréhensibles merveilles de la eréation se sont trouvées prisonnières dans l’eneeinte étroite et abstraite des méthodes;
les combinaisons inextricables des substances élémentaires ont subi la loi capricieuse des nomenclatures ;
la morale, arrangée en aphorismes, a pris plaee parmi les sciences d’observation, peut-être même parmi les sciences de calcul:
la politique, subordonnée à des règles de statistique et d’équilibre, est devenue un méeanisme particulier où le jeu de quelques ressorts et le balaneement de quelques contrepoids est substitué aux prineipes de l’ordre et aux opérations de l’intelligenee;
la religion elle-même, eonvertie par la réforme en une simple « institution réglementaire, s’est eonfondue peu à peu avee les poliees communes de la société, et n’en diffère presque plus, dans une grande partie de l’Europe, que par quelques cérémonies sans pompe et sans mystères.

On dirait enfln qu’une âme a été retirée de la eivilisation, et qu’un génie funeste est venu tout à eoup lui enseigner le néant,

D’un autre côté cependant, ce qu’il y a de plus positif, de plus matériellement perceptible à nos connaissanees, et par conséquent de plus passager dans la vie de l’homme, se raffinait avee une puissance incroyable.

Ce sentiment d’une destination divine qui caractérise notre noble essenee, violemment chassé de la région des idées intellectuelles et morales, se réfugiait dans l’être physique, et lui rendait, comme en jouant, cette âme que la philosophie croyait avoir bannie de la nature.

L’amour, si nul ehez les anciens, où un spiritualisme ingénieux animait toute la création, et où la pensée, divisée entre tant d’objets, manquait de cette intensité de loisirs et de réflexion qu’exigent les affections profondes,
prit chez les modernes un caractère éminemment passionné qui fut susceptible de revêtir toutes les nuanees de l’expression poétique, depuis le naïf jusqu’au terrible, et d’embrasser tous lés extrêmes de l’imagination, depuis les émotions les plus eélestes jusqu’aux aberrations les plus infernales.

La mélancolie, espèce de maladie mentale, dont le nom même indique l’origine toute physique, n’avait présenté à l’antiquité elassique que l’idée d’une triste infirmité; elle devint une Muse.

Le présent sans espéranees et sans avenir n’entretint le poëte que des regrets du passé, et du souvenir des splendeurs éteintes et des joies évanouies.

Les ruines, rares chez des peuples nouveaux, jaloux de la conservation de leurs monuments, et pour qui la dégradation des temples, fùt-elle même l’ouvrage du temps, était une profanation;
muettes chez des peuples dissipés et voluptueux qui n’appréciaient que 1es jouissances réelles;
ces ruines qui racontent l’histoire des âges écoulés, et qui menacent la pensée de la déeadence infaillible de toutes les grandeurs et de toutes les prospérités,
inspirèrent le génie rêveur de la nouvelle école.

Elle s’informa curieusement des misères de l’homme dont notre stérile matérialisme et notre scepticisme dédaigneux avaient abdiqué les hautes destinées.
Elle s’inspira de ses passions; elle s’asservit à ses faiblesses;
elle peignit de préférence les angoisses de la douleur et les scènes de la mort, parce que c’est dans ces crises solennelles que les puissances physiques de l’être, luttant avec sa destruetion, semblent suppléer, à force d’expansion et d’énergie, au privilège divin que l’incrédulité lui refuse.

Trahie par une philosophie aride et cruelle, la poésie sentait de plus en plus la nécessité d’oser.

Les sophistes avaient tout matérialisé, jusqu’à la pensée:
elle divinisa tout, jusqu’à la matière.

Elle inventa en quelque sorte le genre descriptif en lui donnant une extension tout à fait inconnue des anciens, qui n’y voyaient qu’un ornement, et qui ne paraissaient pas s’être avisés, du moins dans les rares exemples qui nous en restent, de coordonner l’impression des faits naturels à des idées morales d’un ordre sérieux.

Dans l’hypothèse ineroyable où notre société se trouvait placée, je dois le redire encore, c’étaient les seuls objets matériels qui pouvaient rappeler les idées moraIes; et la poésie, entraînée par le mouvement de cet ordre vicieux, en accepta les obligations pour en obtenir les conséquences.

La nature morte prit une existence, une physionomie, des passions; les ténèbres se peuplèrent; le tombeau s’anima; le néant fécondé répondit à l’appel du génie, et l’on put dire, en imitant l’expression de Bossuet, que tout avait pris une âme, depuis que l’homme avait répudié la sienne.

L’époque littéraire dont je parle sera sans doute unique dans la durée éternelle des temps, et par conséquent elle devait porter un sceau qui la distinguât éternellement de toutes les autres.

Qu’on n’oublie pas que tout ce qu’il y a de vraiment inspirateur dans les croyanees de l’homme, et même dans ses fictions, avait alors disparu.

La nouvelle école poétique trouva la mythologie des anciens, cette riche moisson d’images et d’allégories, tellement défleurie par la fade profusion des mêmes formes et des mêmes figures, tellement fanée par les récoltes fastidieuses d’une imitation monotone, que le lever du soleil, si touchant et si sublime pour un homme bien organisé, ne se présentait plus à la pensée sans quelque mélange de ridieule, avec les doigts de roses de l’Aurore.

Le Christianisme, longtemps exilé par de respectables scrupules des domaines de l’imagination, et qui aurait offert au poète des couleurs neuves et brillantes, était proscrit de ses temples et de ses autels; toutes les inspirations élevées de l’esprit et du cœur s’étaient retirées avec lui;
et dans la poésie eomme dans la société retentissait ce cri épouvantable que les navires de Tibère avaient entendu gronder sur l’Oeéan au milieu d’une tempête : « Les dieux sont morts ».

Une grande difficulté dut se présenter alors aux talents audacieux que la sécheresse d’une éducation prosaïque n’avait pas découragés,
et qui osaient essayer encore d’entretenir le feu des muses.

La poésie ne peut se concevoir sans merveilleux, et celui qu’inventa le génie,
dépossédé à la fois des riants mensonges de l’antiquité et des vérités solennelles de la religion, participa nécessairement du caractère frénétique de l’âge d’exception au milieu duquel il avait été conçu;
il fut tout ce qu’il pouvait être, et ce que sont toujours les prétendues inventions de l’esprit de l’homme, c’est-à-dire l’expression et le symptôme de la grande maladie sociale qui l’avait produit ;
et l’avenir y trouvera un monument triste, quoique imposant, de nos infortunes et de nos erreurs.

Ce merveilleux, inconnu de tous les siècles littéraires, fut emprunté aux idées vagues et à peine indiquées que les classiques paraissent s’être formées de l’état qui précède et qui suit l’existence animée de l’être matériel.
On le chereha dans ce mélange confus d’éléments sans formes, sans rapports, sans nécessité, sans objet, que l’imagination est obligée de se représenter, quand elle veut supposer l’absence de la création vivante; on le chercha dans les images ténébreuses de l’Érèbe et de la Nuit, dans ces émanations informes et muettes des tombeaux, auxquelles la terreur attribue une figure analogue à celle des morts dont elles apportent sur la terre les sinistres messages ;  dans cette abstraction indéfinissable et terrible dont parle Tertullien: « le Je ne sais quoi » qui succède au cadavre, et qui n’a de nom dans aucune langue.

Le monde mystérieux n’eut plus d’autres habitants que les larves altérées de sang du onzième livre de l’Odyssée! mais cette fable extraorclinaire n’était qu’une anomalie effrayante dans l’enfer homérique;
elle fut pour la nouvelle poésie une mythologie tout entière.

Il existe même un poème allemand qui contient la révélation de cette poétique barbare. Aux premiers rayons de la lune frappant à travers les vitraux d’une église solitaire, bien loin de l’enceinte des villes, tout ce qui reste de plus subtil de la dépouille des morts s’élève contre les ais du cercueil, soulève le sable mouvant de la fosse, agrandit, pour s’ouvrir un passage, la fente des pierres sépulcrales, et puis s’assied sur les tombeaux avec un aspect semblable à celui des vivants. Ces images imparfaites de la créature qui n’est plus viennent demander au Fils de l’Homme l’immortalité qu’il leur a promise, et le Fils de l’Homme paraît pour leur annoncer le néant, dont cet inconcevable ouvrage est l’épopée.

Il ne s’agit pas ici d’examiner ce qu’une pareille fiction a de profane et de monstrueux, puisque nous sommes renfermés clans les bornes étroites d’une discussion littéraire; mais nous ne contesterons pas à cette composition le mérite d’exprimer avec une horrible puissance les idées prédominantes du siècle.

Voilà la poésie qu’il nous a faite.

Un autre caractère qui lui est propre, et qui reconnaît une origine commune avee ceux que nous avons remarqués jusqu’ici, c’est-à-dire l’incroyable déviation de la raison humaine, c’est ce vague de passions dont l’admirable épisode de René est le type classique, mais qui, tout à fait isolé des idées religieuses, ne présente qu’un des symptômes les plus redoutables de la grande révolution qui s’accomplit dans la société.

L’exercice de la pensée corrompue par un fol orgueil est devenu un tourment pour les intelligences les plus actives et les plus élevées.

A mesure que les liens de l’institution ancienne, relâchés et dissous par la force d’anéantissement à laquelle le monde social est soumis, ont laissé à l’homme solitaire et comme abandonné la faculté de réagir sur lui-même,
et que cette faculté, convertie en besoin, a fait place à un individualisme de plus en plus effrayant,
ce vague s’est accru de toutes les ténèbres du doute appliqué à toutes les perceptions de l’être rationnel et sensible.

L’âme, plongée comme à plaisir dans un chaos d’incertitudes,
a trouvé une sorte de volupté à s’emparer du néant par anticipation,
et la moralité de la vie a disparu tout entière devant je ne sais quelle philosophie expérimentale qui n’est appuyée sur aucune croyance.

Une envie passionnée de pénétrer dans la réalité des choses, et d’arriver partout à l’inconnu, a entraîné l’imagination au delà de toutes les bornes.

Les digues salutaires que la religion, les lois, la nature elle-même avaient opposées aux irruptions de cette curiosité funeste, n’ont fait qu’irriter son activité infernale.

On connaît la sublime allégorie des Égyptiens, qui avaient placé l’inviolable sanctuaire d’Isis derrière un grand nombre de voiles;
ces voiles se levaient pour les initiés suivant les progrès qu’ils avaient faits dans les mystères, jusqu’à un voile inaccessible au vulgaire, qui ne se levait que devant les prêtres, et après lequel Isis, encore voilée, restait cachée à leurs propres yeux.

C’est ce voile que le génie insensé des modernes déchire par lambeaux, dans l’horrible espérance qu’il ne cache qu’un cadavre.

Telle est l’idée sur laquelle sont fondées ces fictions romantiques qui appartiennent à un ordre de passions délirantes, ignorées des anciens, mais trop réelles et trop exaltées pour n’être pas poétiques.

Le sentiment que nous inspire la poésie résulte de l’intérêt sympathique que nous prenons à des émotions et à des douleurs avec lesquelles notre pensée est plus ou moins familière.

Ainsi, les héros classiques devaient être exposés à des dangers réels, attaqués par des ennemis visibles, on poursuivis par des êtres moraux dont la croyance publique admettait l’existence et le pouvoir.

Les héros des fables modernes n’ont guère de lutte à soutenir que contre leurs propres penchants, leurs erreurs, leurs préjugés, leurs passions, parce ‘que notre sécheresse et notre égoïsme n’ont pas laissé d’autre agents de sympathie à la disposition du poète.

C’est là l’idée première des principaux poèmes de lord Byron.

Il n’en est aucune qui ne puisse servir à l’histoire philosophique de la pensée.

En lisant Claude Tresmontant : La Création est un don, une jubilation dyonisiaque…

Quel dommage ! Je n’étais pas au Forum sur la Pensée de Claude Tresmontant, qui vient d’être organisée à Lyon. On va se consoler en méditant quelques pages d’un de ses premiers livres : L’Essai sur la connaissance de Dieu. 1955   Quand on est génial, ça ce voit dès les premières œuvre…

TRESMONTANT-Essai sur la Connaissance de Dieu – p110

La matière semble travaillée, traversée par un élan de conscience organisatrice, par une intelligence créatrice.

L’intelligence qui a opéré et qui continue d’opérer dans le monde,
qui en a organisé la multiple structure, qui en constitue l’intelligibilité,

La création est don. Elle est don pour l’homme.

L’existence est don, et la création est don pour les êtres existants.

La création est don.

Elle est don pour l’homme.

la création tout entière est don,
la pluie, le soleil, le pain et l’eau,
l’homme pour la femme et la femme pour l’homme, sont don et joie.
La beauté du monde est don, sa saveur, sa splendeur.
La nature est jubilation.

Avant le mal et la souffrance, …il y a eu un DON !

Pour qu’il y ait problème du mal, souffrance et mort, il faut d’abord qu’il y ait vie.


Le problème du mal est un problème dont on ne saurait surestimer la gravité,
mais c’est un problème second par rapport à l’exis­tence et à la vie.

le monde apparaît comme la manifestation d’un amour créateur.
L’ Absolu est don et amour.

La création est don :

La création est don :
d’abord ce don de l’être que nous sommes,

ce don de l’existence pour nous qui sommes.

Puis, à ces êtres créés,
a été fait le don des biens de la création.

A ces êtres désirants, a été fait le don de ce qu’ils désirent.

A cette faim, le don du fruit.

Pour l’homme, le don que constitue la femme,

pour la femme ce don qu’est l’homme.

La beauté de la création.

Après tout, la création pourrait être terne, grise, avare.
Elle est luxueuse, surabondante,
et la beauté est son caractère le plus universel.

Cette beauté, ce luxe de la création, indique qui est Dieu :

Cette beauté, ce luxe de la création, indique qui est Dieu :

Il n’est pas ce dieu avare et triste, rancunier et comptable, mesquin,

que veulent nous imposer tant de traités de spiritualité.

Dieu est jubilation,
son œuvre qui le manifeste est jubilation.



Ce caractère dionysiaque que les anciens avaient aperçu dans la création… est bien l’œuvre du Créateur.


Ce don de la femme qui est fait à l’homme,
ce n’est pas le don d’un dieu chagrin, puritain, ni jaloux.

La beauté de la femme, la beauté de l’homme,
qui sont l’un pour l’autre mutuellement don, sont enseignement sur le Dieu créateur, le Dieu vivant.

Le visage de la femme nous enseigne davantage sur Dieu que tous les traités de spiritualité.

La délectation, la volupté que l’homme et la femme connaissent en se connaissant, sont aussi I’œuvre de Dieu, et signes de Dieu.

Malgré l’horreur du monde, le mal qui sévit dans le monde ?

Cette beauté, cette jubilation, cette volupté
qui est pour une part l’essence de la création,
ne doit pas nous faire oublier, et nous n’avons garde de l’oublier,
l’horreur du monde, le mal qui sévit dans le monde.

L’un et l’autre existent de fait, dans notre expérience.
Selon les tempéraments, les auteurs minimisent l’un ou l’autre,
majorent l’un ou l’autre aspect.

A Somali woman holds her son among many other women at the refugee camp in Baidoa. ca. August-September 1992 Baidoa, Somalia

Aussi bien que la beauté, l’horreur du monde ne saurait être exagérée,
mais ce qu’il convient de ne jamais perdre de vue,
c’est qu’ils existent tous les deux, et constamment.

Dès le niveau biologique, l’horreur semble régner, en constatant le chagrin de la bête qui voit son petit dévoré sous ses yeux.

Dès le règne purement animal, l’ entre-dévorement, le massacre est la loi.

Au plan humain, les choses s’aggravent.
Le lion qui dévore une gazelle accomplit un. acte purement biologique, physiologique, inscrit dans sa nature, et nécessaire.

L’homme qui opprime, qui tue ou qui torture l’homme, n’accomplit pas un acte biologique ni physiologique nécessaire.

L’acte humain n’est plus un acte purement biologique.
Il s’y ajoute la gra­tuité qui est propre au plan humain, au plan éthique.

Lorsqu’on aborde le problème du mal, il faut donc distinguer plusieurs choses :

1—  Un plan naturel, biologique :
il y a, apparem­ment, du mal, ou du moins de la douleur, dans la création au niveau purement biologique.
Du mal subi, mais non du mal au sens éthique.
De cela au moins l’homme n’est pas responsable.

2—  Ce plan biologique se continue d’une certaine manière et dans une certaine mesure avec l’appa­rition de l’homme.
L’animalité se continue en l’homme, et il reste encore du biologique dans certains phénomènes d’expansion humaine, et peut-être dans la guerre elle-même.
Le déferlement des hordes qui ont envahi l’Asie Mineure au rve millénaire avant notre ère, n’est sans doute pas essentiellement différent du processus vital et biologique en vertu duquel le lion mange la gazelle lorsqu’il a faim.
Une certaine expansion biologique est naturelle, nécessaire, saine.

Mais l’homme ajoute quelque chose de nouveau :

il apporté avec lui la dimension éthique.

Il apporte le mal, au sens éthique, le mal superflu, le mal per­vers.

Il défigure la création,

il défigure l’homme son frère,

il se défigure lui-même.

Il détruit, il massacre, il torture, il opprime, il humilie.

3— Il faut enfin se souvenir que, quelle que soit l’horreur qui règne dans la création,

en vertu de sa structure même, ou par la faute de l’homme,

ce mal, cette horreur, n’annulent pas

la beauté, l’ex­cellence, la saveur et les délices de l’existence et de la création,

mais s’y ajoutent, d’une manière si l’on peut dire complémentaire.

Le fait du mal n’en­lève rien au fait primordial de l’excellence et de la splendeur de la création.

Il faut garder ces deux faits, ces deux données, fermement en main, et d’une manière simultanée, si l’on veut penser le phénomène tel qu’il se présente.

Ne voir que l’hor­reur, comme les gnostiques, et déclarer que la créa­tion est foncièrement mauvaise, c’est délirer : c’est oublier toute la part de paix et de beauté de la vie.

Ce qu’il nous importe de souligner ici, eu égard à notre problème de la connaissance de Dieu,

c’est qu’on ne peut pas annuler le fait primordial,
à savoir l’existence et l’excellence de la création,
en invoquant un élément réel de cette création, à savoir le mal qui y sévit.
Car le mal est dans la création.

Le problème du mal ne saurait annuler la démarche par laquelle, à partir de la création, on accède à la con­naissance du Dieu créateur.
Le problème métaphysique de l’être créé demeure, e
t le problème du mal ne saurait contraindre la réflexion à nier l’Être incréé et créateur,
au nom du mal qui règne partiellement dans la création.

disons ici seulement que la distinction entre le mal subi, ou mal physique,
qui règne apparemment dans la création, en vertu même de sa construction,
et le mal que l’homme fait, et qui n’est pas nécessaire, est importante,

car il n’est pas légitime de rejeter sur le Créateur le mal que l’homme fait,
si l’on prend au sérieux cet Homme qu’il a créé, pour être maître de son destin,
et pour jouer librement le jeu de dieu créé,
qui fait l’appren­tissage de son métier de dieu.

Les insuffisances, les inachèvements et les douleurs de la création restent un problème,
mais il convient de ne pas mêler ce problème à celui de la liberté de l’homme et de ses fruits amers.

Fin du chapitre

Le document d’Abu Dhabi – Engagement des chrétiens et des musulmans

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Le pape François et le grand imam d’Al-Azhar, le cheikh Ahmed al-Tayeb signature d’un document d’engagement mutuel lors d’une rencontre interreligieuse au Mémorial du fondateur à Abou Dhabi, le 4 février 2019.

L’engagement d’Abudabhi

Au nom de Dieu

qui a créé tous les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité,

et les a appelés à coexister comme des frères entre eux,

pour peupler la terre et y répandre les valeurs du bien, de la charité et de la paix.

Au nom de l’âme humaine innocente

que Dieu a interdit de tuer, affirmant que quiconque tue une personne est comme s’il avait tué toute l’humanité et que quiconque en sauve une est comme s’il avait sauvé l’humanité entière.

Au nom des pauvres,

des personnes dans la misère, dans le besoin

et des exclus que Dieu a commandé de secourir comme un devoir demandé à tous les hommes et, d’une manière particulière, à tout homme fortuné et aisé.

Au nom des orphelins, des veuves, des réfugiés et des exilés de leurs foyers et de leurs pays ;

de toutes les victimes des guerres, des persécutions et des injustices ;

des faibles, de ceux qui vivent dans la peur, des prisonniers de guerre et des torturés en toute partie du monde, sans aucune distinction.

Au nom des peuples qui ont perdu la sécurité, la paix et la coexistence commune, devenant victimes des destructions, des ruines et des guerres.

Au nom de la « fraternité humaine »
qui embrasse tous les hommes, les unit et les rend égaux.

Au nom de cette fraternité déchirée par les politiques d’intégrisme et de division,

et par les systèmes de profit effréné et par les tendances idéologiques haineuses, qui manipulent les actions et les destins des hommes.

Au nom de la liberté, que Dieu a donnée à tous les êtres humains, les créant libres et les distinguant par elle.

Au nom de la justice et de la miséricorde, fondements de la prospérité et pivots de la foi.

Au nom de toutes les personnes de bonne volonté, présentes dans toutes les régions de la terre.

Au nom de Dieu et de tout cela,

Al-Azhar al-Sharif 

– avec les musulmans d’Orient et d’Occident –,

conjointement avec l’Eglise catholique

– avec les catholiques d’Orient et d’Occident –,

déclarent adopter

la culture du dialogue comme chemin ;

la collaboration commune comme conduite ;

la connaissance réciproque comme méthode et critère.

Nous – croyants en Dieu,

dans la rencontre  finale avec Lui et dans Son Jugement –,

partant de notre responsabilité religieuse et morale,

et par ce Document,

nous demandons à nous-mêmes

et aux Leaders du monde,

aux artisans de la politique internationale et de l’économie mondiale,

de s’engager sérieusement pour répandre

la culture de la tolérance, de la coexistence et de la paix;

d’intervenir, dès que possible, pour arrêter l’effusion de sang innocent,

et de mettre fin aux guerres, aux conflits,

à la dégradation environnementale et au déclin culturel et moral que le monde vit actuellement.

Nous nous adressons aux intellectuels, aux philosophes, aux hommes de religion, aux artistes, aux opérateurs des médias et aux hommes de culture en toute partie du monde,

afin qu’ils retrouvent les valeurs de la paix, de la justice, du bien, de la beauté, de la fraternité humaine et de la coexistence commune,

pour confirmer l’importance de ces valeurs comme ancre de salut pour tous

et chercher à les répandre partout.

Cette Déclaration, partant d’une réflexion profonde sur notre réalité contemporaine,

appréciant ses réussites et partageant ses souffrances, ses malheurs et ses calamités,

croit fermement que parmi les causes les plus importantes de la crise du monde moderne se trouvent

une conscience humaine anesthésiée et l’éloignement des valeurs religieuses, ainsi que la prépondérance de l’individualisme et des philosophies matérialistes qui divinisent l’homme et mettent les valeurs mondaines et matérielles à la place des principes suprêmes et transcendants.

Nous, reconnaissant aussi les pas positifs que notre civilisation moderne a accomplis dans les domaines de la science,

de la technologie, de la médecine, de l’industrie et du bien-être, en particulier dans les pays développés,

nous soulignons que, avec ces progrès historiques, grands et appréciés, se vérifient une détérioration de l’éthique, qui conditionne l’agir international, et un affaiblissement des valeurs spirituelles et du sens de la responsabilité.

Tout cela contribue à répandre un sentiment général de frustration, de solitude et de désespoir, conduisant beaucoup à tomber dans le tourbillon de l’extrémisme athée et agnostique,

ou bien dans l’intégrisme religieux, dans l’extrémisme et dans le fondamentalisme aveugle, poussant ainsi d’autres personnes à céder à des formes de dépendance et d’autodestruction individuelle et collective.

L’histoire affirme que l’extrémisme religieux et national,

ainsi que l’intolérance, ont produit dans le monde, aussi bien en Occident qu’en Orient, ce que l’on pourrait appeler

les signaux d’une « troisième guerre mondiale par morceaux »,

signaux qui, en diverses parties du monde et en diverses conditions tragiques, ont commencé à montrer leur visage cruel ;

situations dont on ne connaît pas avec précision combien de victimes, de veuves et d’orphelins elles ont générés.

En outre, il y a d’autres régions qui se préparent à devenir le théâtre de nouveaux conflits,

où naissent des foyers de tension et s’accumulent des armes et des munitions, dans une situation mondiale dominée par l’incertitude, par la déception et par la peur de l’avenir et contrôlée par des intérêts économiques aveugles.

Nous affirmons aussi que les fortes crises politiques,

l’injustice et l’absence d’une distribution équitable des ressources naturelles – dont bénéficie seulement une minorité de riches, au détriment de la majorité des peuples de la terre –

ont provoqué, et continuent à le faire, d’énormes quantité de malades, de personnes dans le besoin et de morts,

causant des crises létales dont sont victimes divers pays, malgré les richesses naturelles et les ressources des jeunes générations qui les caractérisent.

A l’égard de ces crises qui laissent mourir de faim des millions d’enfants, déjà réduits à des squelettes humains – en raison de la pauvreté et de la faim –, règne un silence international inacceptable.

Il apparaît clairement à ce propos combien la famille est essentielle,

en tant que noyau fondamental de la société et de l’humanité,

pour donner le jour à des enfants, les élever, les éduquer, leur fournir une solide morale et la protection familiale.

Attaquer l’institution familiale, en la méprisant ou en doutant de l’importance de son rôle, représente l’un des maux les plus dangereux de notre époque.

Nous témoignons aussi de l’importance du réveil du sens religieux et de la nécessité de le raviver dans les cœurs des nouvelles générations,

par l’éducation saine et l’adhésion aux valeurs morales et aux justes enseignements religieux,

pour faire face aux tendances individualistes, égoïstes, conflictuelles,

au radicalisme et à l’extrémisme aveugle sous toutes ses formes et ses manifestations.

Le premier et le plus important objectif des religions est celui de croire en Dieu,

de l’honorer et d’appeler tous les hommes à croire que cet univers dépend d’un Dieu qui le gouverne,

qu’il est le Créateur qui nous a modelés avec Sa Sagesse divine

et nous a accordé le don de la vie pour le préserver.

Un don que personne n’a le droit d’enlever, de menacer ou de manipuler à son gré; au contraire, tous doivent préserver ce don de la vie depuis son commencement jusqu’à sa mort naturelle.

C’est pourquoi nous condamnons toutes les pratiques qui menacent la vie comme les génocides, les actes terroristes, les déplacements forcés, le trafic d’organes humains, l’avortement et l’euthanasie

et les politiques qui soutiennent tout cela.

De même nous déclarons – fermement – que les religions n’incitent jamais à la guerre

et ne sollicitent pas des sentiments de haine, d’hostilité, d’extrémisme, ni n’invitent à la violence ou à l’effusion de sang.

Ces malheurs sont le fruit de la déviation des enseignements religieux,

de l’usage politique des religions

et aussi des interprétations de groupes d’hommes de religion

qui ont abusé – à certaines phases de l’histoire – de l’influence du sentiment religieux sur les cœurs des hommes

pour les conduire à accomplir ce qui n’a rien à voir avec la vérité de la religion,

à des fins politiques et économiques mondaines et aveugles.

C’est pourquoi nous demandons à tous de cesser d’instrumentaliser les religions pour inciter à la haine, à la violence, à l’extrémisme et au fanatisme aveugle

et de cesser d’utiliser le nom de Dieu pour justifier des actes d’homicide, d’exil, de terrorisme et d’oppression.

Nous le demandons par notre foi commune en Dieu, qui n’a pas créé les hommes pour être tués ou pour s’affronter entre eux

et ni non plus pour être torturés ou humiliés dans leurs vies et dans leurs existences.

En effet, Dieu, le Tout-Puissant, n’a besoin d’être défendu par personne

et ne veut pas que Son nom soit utilisé pour terroriser les gens.

Ce Document, en accord avec les précédents Documents Internationaux qui ont souligné l’importance du rôle des religions dans la construction de la paix mondiale, certifie ce qui suit :

–  La forte conviction que les vrais enseignements des religions invitent à demeurer ancrés dans les valeurs de la paix ;

à soutenir les valeurs de la connaissance réciproque, de la fraternité humaine et de la coexistence commune ;

à rétablir la sagesse, la justice et la charité et à réveiller le sens de la religiosité chez les jeunes, pour défendre les nouvelles générations de la domination de la pensée matérialiste, du danger des politiques de l’avidité du profit effréné et de l’indifférence, basée sur la loi de la force et non sur la force de la loi.

–  La liberté est un droit de toute personne :

chacune jouit de la liberté de croyance, de pensée, d’expression et d’action.

Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains.

Cette Sagesse divine est l’origine dont découle le droit à la liberté de croyance et à la liberté d’être différents.

C’est pourquoi on condamne le fait de contraindre les gens à adhérer à une certaine religion ou à une certaine culture,

comme aussi le fait d’imposer un style de civilisation que les autres n’acceptent pas.

–  La justice basée sur la miséricorde est le chemin à parcourir pour atteindre une vie décente à laquelle a droit tout être humain.

–  Le dialogue, la compréhension, la diffusion de la culture de la tolérance, de l’acceptation de l’autre et de la coexistence entre les êtres humains contribueraient notablement à réduire de nombreux problèmes économiques, sociaux, politiques et environnementaux qui assaillent une grande partie du genre humain.

–  Le dialogue entre les croyants consiste à se rencontrer dans l’énorme espace des valeurs spirituelles, humaines et sociales communes,

et à investir cela dans la diffusion des plus hautes vertus morales, réclamées par les religions ; il consiste aussi à éviter les discussions inutiles.

–  La protection des lieux de culte – temples, églises et mosquées – est un devoir garanti par les religions, par les valeurs humaines, par les lois et par les conventions internationales.

 Toute tentative d’attaquer les lieux de culte ou de les menacer par des attentats, des explosions ou des démolitions est une déviation des enseignements des religions, ainsi qu’une claire violation du droit international.

–  Le terrorisme détestable qui menace la sécurité des personnes,

aussi bien en Orient qu’en Occident, au Nord ou au Sud, répandant panique, terreur ou pessimisme n’est pas dû à la religion

– même si les terroristes l’instrumentalisent

– mais est dû

à l’accumulation d’interprétations erronées des textes religieux,

aux politiques de faim, de pauvreté, d’injustice, d’oppression, d’arrogance ;

pour cela, il est nécessaire d’interrompre le soutien aux mouvements terroristes par la fourniture d’argent, d’armes, de plans ou de justifications,

ainsi que par la couverture médiatique,

et de considérer tout cela comme des crimes internationaux qui menacent la sécurité et la paix mondiale.

Il faut condamner ce terrorisme sous toutes ses formes et ses manifestations.

–  Le concept de citoyenneté se base sur l’égalité des droits et des devoirs à l’ombre de laquelle tous jouissent de la justice.

C’est pourquoi il est nécessaire de s’engager à établir dans nos sociétés le concept de la pleine citoyenneté 

et à renoncer à l’usage discriminatoire du terme minorités, qui porte avec lui les germes du sentiment d’isolement et de l’infériorité ;

il prépare le terrain aux hostilités et à la discorde et prive certains citoyens des conquêtes et des droits religieux et civils, en les discriminant.

–  La relation entre Occident et Orient est une indiscutable et réciproque nécessité, qui ne peut pas être substituée ni non plus délaissée, afin que tous les deux puissent s’enrichir réciproquement de la civilisation de l’autre, par l’échange et le dialogue des cultures.

L’Occident pourrait trouver dans la civilisation de l’Orient des remèdes pour certaines de ses maladies spirituelles et religieuses causées par la domination du matérialisme.

Et l’Orient pourrait trouver dans la civilisation de l’Occident beaucoup d’éléments qui pourraient l’aider à se sauver de la faiblesse, de la division, du conflit et du déclin scientifique, technique et culturel.

Il est important de prêter attention aux différences religieuses, culturelles et historiques qui sont une composante essentielle dans la formation de la personnalité, de la culture et de la civilisation orientale ;

et il est important de consolider les droits humains généraux et communs,

pour contribuer à garantir une vie digne pour tous les hommes en Orient et en Occident, en évitant l’usage de la politique de la double mesure.

–  C’est une nécessité indispensable de reconnaître le droit de la femme à l’instruction, au travail, à l’exercice de ses droits politiques.

En outre, on doit travailler à la libérer des pressions historiques et sociales contraires aux principes de sa foi et de sa dignité.

Il est aussi nécessaire de la protéger de l’exploitation sexuelle

et du fait de la traiter comme une marchandise ou un moyen de plaisir ou de profit économique.

Pour cela, on doit cesser toutes les pratiques inhumaines et les coutumes courantes qui humilient la dignité de la femme

et travailler à modifier les lois qui empêchent les femmes de jouir pleinement de leurs droits.

–  La défense des droits fondamentaux des enfants à grandir dans un milieu familial, à l’alimentation, à l’éducation et à l’assistance est un devoir de la famille et de la société.

Ces droits doivent être garantis et préservés, afin qu’ils ne manquent pas ni ne soient refusés à aucun enfant, en aucun endroit du monde.

Il faut condamner toute pratique qui viole la dignité des enfants et leurs droits. Il est aussi important de veiller aux dangers auxquels ils sont exposés – spécialement dans le domaine digital – et de considérer comme un crime le trafic de leur innocence et toute violation de leur enfance.

–  La protection des droits des personnes âgées, des faibles, des handicapés et des opprimés est une exigence religieuse et sociale qui doit être garantie et protégée par des législations rigoureuses et l’application des conventions internationales à cet égard.

A cette fin, l’Eglise catholique et Al-Azhar, par leur coopération commune, déclarent et promettent de porter ce Document

aux Autorités, aux Leaders influents,

aux hommes de religion du monde entier,

aux organisations régionales et internationales compétentes, a

ux organisations de la société civile, aux institutions religieuses et aux Leaders de la pensée ;

et de s’engager à la diffusion des principes de cette Déclaration à tous les niveaux régionaux et internationaux,

en préconisant de les traduire en politiques, en décisions, en textes législatifs, en programmes d’étude et matériaux de communication.

Al-Azhar et l’Eglise Catholique demandent que ce Document

devienne objet de recherche et de réflexion dans toutes les écoles,

dans les universités et dans les instituts d’éducation et de formation,

afin de contribuer à créer de nouvelles générations qui portent le bien et la paix et défendent partout le droit des opprimés et des derniers.

En conclusion nous souhaitons que :

cette Déclaration

soit une invitation à la réconciliation et à la fraternité entre tous les croyants, ainsi qu’entre les croyants et les non croyants, et entre toutes les personnes de bonne volonté ;

soit un appel à toute conscience vivante qui rejette la violence aberrante et l’extrémisme aveugle ; appel à qui aime les valeurs de tolérance et de fraternité, promues et encouragées par les religions ;

soit un témoignage de la grandeur de la foi en Dieu qui unit les cœurs divisés et élève l’esprit humain ;

soit un symbole de l’accolade entre Orient et Occident, entre Nord et Sud,

et entre tous ceux qui croient que Dieu nous a créés pour nous connaître, pour coopérer entre nous et pour vivre comme des frères qui s’aiment.

Ceci est ce que nous espérons et cherchons à réaliser,

dans le but d’atteindre une paix universelle dont puissent jouir tous les hommes en cette vie.

Abou Dabi, le 4 février 2019

Sa Sainteté
Pape François
Grand Imam d’Al-Azhar
Ahmad Al-Tayyeb

Houellebecq (suite) … une surprenante invocation au Christ !

Le livre ( déprimant et génial ) de l’année :
SEROTONINE, de Michel HOUELLEBECQ
INVENTAIRE DU DESASTRE ECONOMIQUE, INVENTAIRE DU DÉSASTRE PRIVÉ

Il avait déjà décrit tout cela dans « les particules élémentaires »
Il ne peut s’empècher de revenir sans cesse sur ce thème ;
une fois de plus, il nous dépeint minutieusement, cruellement, et parfois avec un humour sarcastique) le désastre et la déprime d’un monde matérialiste, ne croyant qu’à l’argent, sexuellement libéré, mondialisé, 

AVEC LES FRUITS DEPRIMANTS D’UN DEMI-SIECLE DE LIBERATION SEXUELLE 
Des pauvres vies privés, une débauche toujours plus frénétique et pitoyable, les ratages, la solitude cruelle,…

AVEC LA FRANCE QUI SE DÉGLINGUE SOUS LE RAZ DE MARÉE DE LA MONDIALISATION
la belle France rurale d’hier, ( icila Normandie de Pont-l’Evêque et Livarot ) dévastée sous les coups de la mondialisation, la crapulerie capitaliste avançant inexorablement sous les rideaux de fumée des technocrates de Paris et de Bruxelles

UNE CONCLUSION STUPÉFIANTE : L’ INVOCATION DU CHRIST !

Mais, voici du nouveau dans l’œuvre de Houellebecq : la stupéfiante ( et explicite) conclusion du héros, 
au moment où il prépare son suicide après les ratages pitoyables de sa vie privé.

Houellebeck- Serotonine ​347 
nous avons souligné, et modifié la ponctuation (bizarre) de l’auteur, pour être mieux compris ici.

J’aurais pu rendre une femme heureuse. 
Enfin, deux ( femmes) ; j’ai dit lesquelles. 

Tout était clair, extrêmement clair, dès le début ; 
mais nous n’en avons pas tenu compte. 
Avons-nous cédé à des illusions de liberté individuelle, 
de vie ouverte, d’infini des possibles ? 

Cela se peut ; ces idées étaient dans l’esprit du temps ; 
nous ne les avons pas formalisées, nous n’en avions pas le goût ; 
nous nous sommes contentés de nous conformer, 
de nous laisser détruire par elles 
et puis, très longuement, d’en souffrir. 

DIEU s’occupe de nous en réalité ; 
il pense à nous à chaque instant, 
et il nous donne des directives parfois très précises : 
ces élans d’amour qui affluent dans nos poitrines jusqu’à nous couper le souffle, 
ces illuminations, ces extases… 
…inexplicables si l’on considère notre nature biologique, notre statut de simples primates, 
sont des signes extrêmement clairs. 

Et je comprends, aujourd’hui, le point de vue du Christ, 
son agacement répété devant l’endurcissement des cœurs : 

« Ils ont tous les signes, et ils n’en tiennent pas compte. 
Est-ce qu’il faut vraiment, en supplément, que je donne ma vie pour ces minables ? 
Est-ce qu’il faut vraiment être, à ce point, explicite ? »

Il semblerait que oui. 

Michel Houellebecq 2018

Houellebecq – à la recherche de Dieu ? … Prêtre catholique, le dernier des métiers…

Dans « la Carte et le territoire » Michel Houellebecq s’étonne et s’interroge…
Prêtre catholique ? Il y a encore (quelques ) jeunes gens qui choisissent ce métier ?

Sa description du métier est intelligente, cruelle, réaliste, intriguée…

LA CARTE ET LE TERRITOIRE p99

(…) Cela rappelait à chaque fois à Jed ce « Bonne célébration ! »
que leur avait lancé un jeune prêtre, grassouillet et probablement socialiste,
alors qu’ils entraient sous le coup d’une impulsion irraisonnée, Geneviève et lui, dans l’église Notre-Dame-des­ Champs,
au moment de la messe du dimanche matin,
juste après avoir fait l’amour dans le studio qu’elle occupait alors boulevard du Montparnasse.

Plusieurs fois par la suite il avait repensé à ce prêtre,
physiquement il ressemblait un peu à François Hol­lande, mais contrairement au leader politique il s’était fait eunuque pour Dieu.

Bien des années plus tard, après qu’il se fut lancé dans la « série des métiers simples », Jed avait envisagé à plusieurs reprises de se lancer dans le portrait de l’un de ces hommes qui,
chastes et dévoués, de moins en moins nombreux,
sillonnaient les métropoles pour y apporter le récon­fort de leur foi.

Mais il avait échoué, il n’avait même pas réussi à appréhender le sujet.

Héritiers d’une tra­dition spirituelle millénaire que plus personne ne comprenait vraiment,
autrefois placés au premier rang de la société,
les prêtres étaient aujourd’hui réduits, à l’issue d’études effroyablement longues et difficiles qui impliquaient la maîtrise du latin, du droit canon, de la théologie rationnelle et d’autres matières presque incompréhensibles, à subsister dans des conditions matérielles misérables,
ils prenaient le métro au milieu des autres hommes, allant d’un groupe de partage de l’Évangile à un atelier d’alpha­bétisation,
disant la messe chaque matin pour une assistance clairsemée et vieillissante,
toute joie sen­suelle leur était interdite, et jusqu’aux plaisirs élé­mentaires de la vie de famille,
obligés cependant par leur fonction de manifester jour après jour un opti­misme indéfectible.


Presque tous les tableaux de Jed Martin, devaient noter les historiens d’art, repré­sentent des hommes ou des femmes exerçant leur profession dans un esprit de bonne volonté, mais ce qui s’y exprimait était une bonne volonté raison­nable, où la soumission aux impératifs professionnels vous garantissait en retour, dans des proportions variables, un mélange de satisfactions financières et de gratifications d’amour-propre.
Humbles et désar­gentés, méprisés de tous, soumis à tous les tracas de la vie urbaine sans avoir accès à aucun de ses plaisirs, les jeunes prêtres urbains constituaient, pour qui ne partageait pas leur croyance, un sujet déroutant et inaccessible.

Le guide French Touch, à l’opposé, proposait une gamme de plaisirs limités mais attestables.
On pouvait partager la satisfaction du propriétaire de La Marmotte Rieuse lorsqu’il concluait sa note de présentation par cette phrase sereine et assurée :

« Chambres spacieuses avec terrasse (baignoires à jacuzzi), menus séduction, dix confitures maison au petit déjeuner : nous sommes bel et bien dans un hôtel de charme. »
On pouvait se laisser entraîner par la prose poétique du gérant du Carpe Diem lorsqu’il présentait le séjour dans son éta­blissement en ces termes:
« Un sourire vous entraînera du jardin (espèces méditerranéennes) à votre suite, un lieu qui bousculera tous vos sens. Il vous suffira alors de fermer les yeux pour garder en mémoire les sen­teurs de paradis, les jets d’eau bruissant dans le hammam de marbre blanc pour ne laisser filtrer qu’une évidence : « Ici, la vie est belle.  » »  etc

Michel Houellebecq – La Carte et le Territoire – p 99