Chanter les chorals de Bach à St Germain des Près ? Vous avez un an pour vous préparer…

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Comment apprendre à chanter les 12 chorals de la PASSION SELON ST JEAN

(avec la partition à l’écran)

Première partie —————————

Choral 7 O grosse Liebe

Choral 9

Choral 15

Choral 20

Deuxième partie ———————————

Choral 21

Choral 27

Choral 40

Choral 52

Choral 56

Choral 65

Choral FINAL 68

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Suivre toute la PASSION EN IMAGES
avec le texte intégral en allemand
et  la traduction française

JS. BACH-Johannes Passion – part1

JS. BACH-Johannes Passion – part2

Méditation pour le Samedi saint…

Je persiste ! Nouvelle édition de cette « méditation pour le Samedi saint  »

UNE MÉDITATION POUR LE SAMEDI SAINT?

Les réseaux sociaux ont des échos mystérieux… et surprenants !
On vient de me remercier, ce matin, pour avoir publié, il y longtemps…
cette méditation sur un texte poétique ( anonyme) du « livre des heures »
J’avais oublié…

Comme le disait la philosophe Simone Veil :

« la Grâce nous élève… parfois. Mais la Pesanteur ne nous lâche jamais ! »

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Si, en ce matin du Samedi saint, la pesanteur ( et la morosité…) vous lâche un peu…
si vous avez du temps pour méditer…
vous vous interrogerez avec moi sur quelques grands mystères théologiques que des mystiques ruminent et soupèsent depuis vingt siècles:

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Tous les Hommes sont mortels

pourquoi ont-ils le sentiment, ( depuis Adam? …depuis qu’un australopithèque, ou un Sapiens…a commencé à regarder vers le Ciel, et à enterrer ses morts ? ) …

…que c’est une injustice? une réalité incomplète ? Une question scientifique non résolue?

Qu’est ce qui a changé depuis ce jour de l’an 30, sous l’empereur Tibère, 
quand les disciples apeurés d’une petite secte juive sont montés, au petit matin, 
vers un tombeau VIDE, 
où ne restait qu’un linceul taché de sang, et mystérieusement irradié ?
Qu’ont ils vu et cru? 
Pourquoi leur étonnement (et leur incrédulité) a changé le monde?

Est-ce que la CRÉATION DU MONDE était achevée ?

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Est-ce que l’UNIVERS CRÉÉ attend notre métamorphose pour découvrir sa finalité ultime? 
Est-ce que chaque mort… est une entrée dans la VRAIE VIE? … 

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Est-ce que chaque mort est… une nouvelle PIERRE VIVANTE dans une cathédrale d’amour qui se construit peu à peu?

Si vous avez du temps pour méditer toutes ces questions, 

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https://youtu.be/TmEhOdJ2Sik

lisez avec moi ce texte mystérieux et sublime, que j’avais essayé, maladroitement, de mettre en images*.

   JEAN MICHEL samedi saint 2020

*…pardon au petit Prince ( que nous sommes tous appelés à devenir! ) :
 « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’ESSENTIEL est invisible pour les yeux. »

 

 

Message pour les cœurs confinés…

Dürer-autoportait Christ-yeux4 copieVous pouvez avoir des défauts, être anxieux et toujours en colère, 

mais n’oubliez pas que votre vie est la plus grande entreprise au monde
et vous pouvez l’empêcher d’échouer. 

Beaucoup vous apprécient, vous admirent et vous aiment.
Rappelez-vous qu’être heureux…
… ce n’est pas avoir un ciel sans tempête,
une route sans accidents,
un travail sans fatigue,
des relations sans déceptions. 

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Le DERNIER auto-portrait de Picasso, quinze jours avant sa mort…

Etre heureux, c’est…
trouver la force dans le pardon,
l’espoir dans les batailles,
la sécurité dans les moments de peur,
l’amour dans la discorde. 

Ce n’est pas seulement
de goûter au sourire, mais aussi de réfléchir à la tristesse. 

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Ce n’est pas seulement
 pour célébrer les succès, mais pour apprendre les leçons des échecs.
Ce n’est pas seulement
de se sentir heureux avec les applaudissements, mais d’être heureux dans l’anonymat.

Être heureux n’est pas une fatalité du destin,
 mais une réussite pour ceux qui peuvent voyager en eux-mêmes.

Être heureux,
c’est arrêter de devenir une victime et devenir l’auteur de votre destin.
C’est traverser les déserts pour pouvoir encore trouver une oasis au fond de notre âme.
C’est remercier Dieu pour chaque matin, pour le miracle de la vie. 

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Être heureux, c’est ne pas craindre vos propres sentiments.
C’est pouvoir parler de vous.
C’est avoir le courage d’entendre un «non».
La confiance est à l’affût des critiques, même si elles ne sont pas justifiées.
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C’est d’embrasser vos enfants, de choyer vos parents,
de vivre des moments poétiques avec des amis, même s’ils nous blessent.
Être heureux c’est laisser vivre la créature qui vit dans chacun d’entre nous,
libre, joyeuse et simple. 

Il faut avoir la maturité pour pouvoir dire: «J’ai fait des erreurs».
C’est avoir le courage de dire « Je suis désolé ».
C’est d’avoir la sensibilité de dire « J’ai besoin de toi ».
C’est avoir la capacité de dire « Je t’aime ». 

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Que votre vie devienne un jardin d’opportunités pour le bonheur
Au printemps, un amoureux de la joie. 
En hiver, un amoureux de la sagesse.

 Et lorsque vous faites une erreur, recommencez!
Car seulement alors, vous serez amoureux de la vie. 

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Vous constaterez que le fait d’être heureux n’est pas d’avoir une vie parfaite.
Mais utilisez les larmes pour irriguer la tolérance.
Utilisez vos pertes pour raffermir la patience.
Utilisez vos erreurs pour sculpter la sérénité.
Utilisez la douleur comme plâtre du plaisir.
Utilisez les obstacles pour ouvrir les fenêtres d’intelligence. 

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Ne jamais abandonner …
Ne jamais abandonner les gens qui vous aiment.
Ne jamais abandonner le bonheur, car la vie est une performance incroyable.  »

Pape François

FIN

Le dernier message de Saint Exupéry

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Antoine de Saint Exupéry : mythe absolu de l’aviateur et de l’écrivain, auteur du Petit-Prince et de nombreux romans, est mort au combat le 31 juillet 1944.

La veille, il écrit au général X et s’exprime avec une lucidité exceptionnelle sur la condition de l’homme moderne. Testament avant l’heure, cette lettre, déchirante à la lumière de son destin, parle étrangement et profondément de notre temps.

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Je viens de faire quelques vols sur P. 38. C’est une belle machine. J’aurais été heureux de disposer de ce cadeau-là pour mes vingt ans.
Je constate avec mélancolie qu’aujourd’hui, à quarante trois ans, après quelques six mille cinq cents heures de vol sous tous les ciels du monde, je ne puis plus trouver grand plaisir à ce jeu-là. Ce n’est plus qu’un instrument de déplacement – ici de guerre.
Si je me soumets à la vitesse et à l’altitude à mon âge patriarcal pour ce métier, c’est bien plus pour ne rien refuser des emmerdements de ma génération que dans l’espoir de retrouver les satisfactions d’autrefois.

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Ceci est peut-être mélancolique, mais peut-être bien ne l’est-ce pas. C’est sans doute quand j’avais vingt ans que je me trompais.
En Octobre 1940, de retour d’Afrique du Nord où le groupe 2 – 33 avait émigré, ma voiture étant remisée exsangue dans quelque garage poussiéreux, j’ai découvert la carriole et le cheval. Par elle l’herbe des chemins. Les moutons et les oliviers.
Ces oliviers avaient un autre rôle que celui de battre la mesure derrière les vitres à 130 kms à l’heure. Ils se montraient dans leur rythme vrai qui est de lentement fabriquer des olives. Les moutons n’avaient pas pour fin exclusive de faire tomber la moyenne. Ils redevenaient vivants. Ils faisaient de vraies crottes et fabriquaient de la vraie laine.
Et l’herbe aussi avait un sens puisqu’ils la broutaient.

Et je me suis senti revivre dans ce seul coin du monde où la poussière soit parfumée (je suis injuste, elle l’est en Grèce aussi comme en Provence).
Et il m’a semblé que, toute ma vie, j’avais été un imbécile…

Tout cela pour vous expliquer que cette existence grégaire au coeur d’une base américaine, ces repas expédiés debout en dix minutes, ce va-et-vient entre les monoplaces de 2600 chevaux dans une bâtisse abstraite où nous sommes entassé à trois par chambre, ce terrible désert humain, en un mot, n’a rien qui me caresse le coeur. Ca aussi, comme les missions sans profit ou espoir de retour de Juin 1940, c’est une maladie à passer. Je suis “malade” pour un temps inconnu. Mais je ne me reconnais pas le droit de ne pas subir cette maladie. Voilà tout. Aujourd’hui, je suis profondément triste. Je suis triste pour ma génération qui est vide de toute substance humaine. Qui n’ayant connu que les bars, les mathématiques et les Bugatti comme forme de vie spirituelle, se trouve aujourd’hui plongé dans une action strictement grégaire qui n’a plus aucune couleur.

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On ne sait pas le remarquer. Prenez le phénomène militaire d’il y a cent ans.
Considérez combien il intégrait d’efforts pour qu’il fut répondu à la vie spirituelle, poétique ou simplement humaine de l’homme.
Aujourd’hui nous sommes plus desséchés que des briques, nous sourions de ces niaiseries. Les costumes, les drapeaux, les chants, la musique, les victoires (il n’est pas de victoire aujourd’hui, il n’est que des phénomènes de digestion lente ou rapide) tout lyrisme sonne ridicule et les hommes refusent d’être réveillés à une vie spirituelle quelconque. Ils font honnêtement une sorte de travail à la chaîne. Comme dit la jeunesse américaine, “nous acceptons honnêtement ce job ingrat” et la propagande, dans le monde entier, se bat les flancs avec désespoir.

De la tragédie grecque, l’humanité, dans sa décadence, est tombée jusqu’au théâtre de Mr Louis Verneuil (on ne peut guère aller plus loin).
Siècle de publicité, du système Taylor, des régimes totalitaires et des armées sans clairons ni drapeaux, ni messes pour les morts.
Je hais mon époque de toutes mes forces. L’homme y meurt de soif.

Ah ! Général, il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde. Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles, faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien.
On ne peut vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés, voyez-vous !
On ne peut plus vivre sans poésie, couleur ni amour.
Rien qu’à entendre un chant villageois du 15 ème siècle, on mesure la pente descendue. Il ne reste rien que la voix du robot de la propagande (pardonnez-moi).
Deux milliards d’hommes n’entendent plus que le robot, ne comprennent plus que le robot, se font robots.

Tous les craquements des trente dernières années n’ont que deux sources : les impasses du système économique du XIX ème siècle et le désespoir spirituel.
Pourquoi Mermoz a-t-il suivi son grand dadais de colonel sinon par soif ?
Pourquoi la Russie ? Pourquoi l’Espagne ?
Les hommes ont fait l’essai des valeurs cartésiennes : hors des sciences de la nature, cela ne leur a guère réussi.

 

Il n’y a qu’un problème, un seul : redécouvrir qu’il est une vie de l’esprit plus haute encore que la vie de l’intelligence, la seule qui satisfasse l’homme.
Ca déborde le problème de la vie religieuse qui n’en est qu’une forme (bien que peut-être la vie de l’esprit conduise à l’autre nécessairement).
Et la vie de l’esprit commence là où un être est conçu au-dessus des matériaux qui le composent. L’amour de la maison -cet amour inconnaissable aux Etats-Unis – est déjà de la vie de l’esprit.

Et la fête villageoise, et le culte des morts (je cite cela car il s’est tué depuis mon arrivée ici deux ou trois parachutistes, mais on les a escamotés : ils avaient fini de servir) . Cela c’est de l’époque, non de l’Amérique : l’homme n’a plus de sens.

 

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Il faut absolument parler aux hommes.

A quoi servira de gagner la guerre si nous en avons pour cent ans de crise d’épilepsie révolutionnaire ?
Quand la question allemande sera enfin réglée tous les problèmes véritables commenceront à se poser. Il est peu probable que la spéculation sur les stocks américains suffise au sortir de cette guerre à distraire, comme en 1919, l’humanité de ses soucis véritables.
Faute d’un courant spirituel fort, il poussera, comme champignons, trente-six sectes qui se diviseront les unes les autres.
Le marxisme lui-même, trop vieilli, se décomposera en une multitude de néo-marxismes contradictoires. On l’a bien observé en Espagne.
A moins qu’un César français ne nous installe dans un camp de concentration pour l’éternité.

Ah ! quel étrange soir, ce soir, quel étrange climat.
Je vois de ma chambre s’allumer les fenêtres de ces bâtisses sans visages.
J’entends les postes de radio divers débiter leur musique de mirliton à ces foules désoeuvrées venues d’au-delà des mers et qui ne connaissent même pas la nostalgie.

On peut confondre cette acceptation résignée avec l’esprit de sacrifice ou la grandeur morale. Ce serait là une belle erreur.
Les liens d’amour qui nouent l’homme d’aujourd’hui aux êtres comme aux choses sont si peu tendus, si peu denses, que l’homme ne sent plus l’absence comme autrefois.
C’est le mot terrible de cette histoire juive : “tu vas donc là-bas ? Comme tu seras loin ” – Loin d’où ?
Le “où” qu’ils ont quitté n’était plus guère qu’un vaste faisceau d’habitudes.

Dans cette époque de divorce, on divorce avec la même facilité d’avec les choses.
Les frigidaires sont interchangeables. Et la maison aussi si elle n’est qu’un assemblage. Et la femme. Et la religion. Et le parti.
On ne peut même pas être infidèle : à quoi serait-on infidèle ? Loin d’où et infidèle à quoi ? Désert de l’homme.

Qu’ils sont donc sages et paisibles ces hommes en groupe.
Moi je songe aux marins bretons d’autrefois, qui débarquaient, lâchés sur une ville, à ces noeuds complexes d’appétits violents et de nostalgie intolérable qu’ont toujours constitués les mâles un peu trop sévèrement parqués. Il fallait toujours, pour les tenir, des gendarmes forts ou des principes forts ou des fois fortes. Mais aucun de ceux-là ne manquerait de respect à une gardeuse d’oies.
L’homme d’aujourd’hui on le fait tenir tranquille, selon le milieu, avec la belote ou le bridge. Nous sommes étonnamment bien châtrés.

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Ainsi sommes-nous enfin libres . On nous a coupé les bras et les jambes, puis on nous a laissé libres de marcher.
Mais je hais cette époque où l’homme devient, sous un totalitarisme universel, bétail doux, poli et tranquille. On nous fait prendre ça pour un progrès moral !

Ce que je hais dans le marxisme, c’est le totalitarisme à quoi il conduit. L’homme y est défini comme producteur et consommateur, le problème essentiel étant celui de la distribution.
Ce que je hais dans le nazisme, c’est le totalitarisme à quoi il prétend par son essence même. On fait défiler les ouvriers de la Ruhr devant un Van Gogh, un Cézanne et un chromo. Ils votent naturellement pour le chromo. Voilà la vérité du peuple !

On boucle solidement dans un camp de concentration les candidats Cézanne, les candidats Van Gogh, tous les grands non-conformistes, et l’on alimente en chromos un bétail soumis. Mais où vont les Etats-Unis et où allons-nous, nous aussi, à cette époque de fonctionnariat universel ? L’homme robot, l’homme termite, l’homme oscillant du travail à la chaîne système Taylor à la belote.
L’homme châtré de tout son pouvoir créateur, et qui ne sait même plus, du fond de son village, créer une danse ni une chanson. L’homme que l’on alimente en culture de confection, en culture standard comme on alimente les boeufs en foin.

C’est cela l’homme d’aujourd’hui.

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Et moi je pense que, il n’y a pas trois cents ans, on pouvait écrire ” La Princesse de Clèvesou s’enfermer dans un couvent pour la vie à cause d’un amour perdu, tant était brûlant l’amour.
Aujourd’hui bien sûr les gens se suicident, mais la souffrance de ceux-là est de l’ordre d’une rage de dents intolérable.  Ce n’a point à faire avec l’amour.

Certes, il est une première étape. Je ne puis supporter l’idée de verser des générations d’enfants français dans le ventre du moloch allemand. La substance même est menacée, mais, quand elle sera sauvée, alors se posera le problème fondamental qui est celui de notre temps. Qui est celui du sens de l’homme et auquel il n’est point proposé de réponse, et j’ai l’impression de marcher vers les temps les plus noirs du monde.

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Ca m’est égal d’être tué en guerre. De ce que j’ai aimé, que restera-t-il ?
Autant que les êtres, je parle des coutumes, des intonations irremplaçables, d’une certaine lumière spirituelle. Du déjeuner dans la ferme provençale sous les oliviers, mais aussi de Haendel.
Les choses. je m’en fous, qui subsisteront. Ce qui vaut, c’est certain arrangement des choses.
La civilisation est un bien invisible puisqu’elle porte non sur les choses, mais sur les invisibles liens qui les nouent l’une à l’autre, ainsi et non autrement.
Nous aurons de parfaits instruments de musique, distribués en grande série, mais où sera le musicien ?

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Si je suis tué en guerre, je m’en moque bien. Ou si je subis une crise de rage de ces sortes de torpilles volantes qui n’ont plus rien à voir avec le vol et font du pilote parmi ses boutons et ses cadrans une sorte de chef comptable (le vol aussi c’est un certain ordre de liens).

Mais si je rentre vivant de ce “job nécessaire et ingrat”, il ne se posera pour moi qu’un problème : que peut-on, que faut-il dire aux hommes ?

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La lassitude et le découragement (fécond) des vrais savants, devant LE MYSTERE…

J’écoutais hier , sur You tube, Etienne Klein parler du Temps, du vide quantique, du Néant… à un aéropage de philosophes.

Sur Youtube : Etienne Klein –  De quoi le vide est-il plein ? https://youtu.be/jerIAv0RLD4

Etienne Klein, qui est d’ordinaire courtois, serviable, brillantissime,
heureux d’expliquer,
débordant d’admiration devant le génie de tous les hommes extraordinaires…
( Einstein, Dirac, Bohr, etc ) qui ont inventé des concepts géniaux,
clés précieuses pour ouvrir quelques portes dans l’immense palais de mystère qui nous entoure…

…je le vois dépité, amer, fatigué,
agacé par la sottise verbeuse et stérile des soi-disants « grands philosophes du siècle » : Jean-Paul Sartre et Heidegger,
sottise corroborée par ceux ( dans la salle et sur l’estrade) qui continuent à les révérer béatement (sans même les lire)…

Etienne Klein n’a plus envie de parler du Mystère du Temps !
(Il a fait deux livres sur la question, et manifestement, cela n’a pas fait progresser la sottise de son auditoire, qui lui repose sempiternellement les mêmes questions mal posées…)

Et dans une autre conférence, il déclare qu’il n’a plus envie de parler de cosmologie
Mais oui ! Il est découragé par le mystère de la « Matière noire »…
Il se demande si les astronomes d’aujourd’hui sont dans une nouvelle impasse historique, avec un système explicatif brillant qui est peut-être totalement faux…
Il dit : Je crois qu’on est en train d’inventer de nouveaux épicycles…

Vous ne savez pas ce qu’étaient les épicycles ?
Chaque fois que les astronomes les plus savants de l’Antiquité ou du Moyen-Age faisaient de nouvelles observations dans la course des étoiles et des planètes,
ils essayaient de compléter le magnifique système géocentrique de Ptolémée : mais au lieu de le compléter, ils le compliquaient en rajoutant des sphères nouvelles dans les sphères célestes qui tournaient autour de la terre immobile.
On appelaient ces sphères nouvelles : des épicycles
Le beau système géocentrique de Ptolémée, explicite et simple au départ, devenait ainsi, au fil des observations, une machine imaginaire de plus en plus compliquée, et décourageante…
Il a fallu attendre Copernic pour qu’on abandonne toute cette complication infinie des « épicycles » en abandonnant simplement tout le système de Ptolémée : ce n’est pas le soleil et les planètes qui tournent autour de la Terre…
Donc, il n’y avait plus besoin d’épicycles compliqués…
… pour expliquer pourquoi les planètes se mettent à tourner parfois à reculons…

Aujord’hui, pour expliquer la rotation des galaxies dans notre univers, avec les lois de la gravitation telles qu’on les a comprises, on est obligés de spéculer sur la présence hypothétique d’une soi-disant matière noire, que personne n’a jamais détectée, et qui représenterait autour de 90% de la matière de l’univers…

Pour expliquer ce que nous voyons, nous devons faire l’hypothèse qu’il y a 90% que nous ne voyons pas…

Est-ce bien raisonnable ?
Ou alors, … les lois de la gravitation sont-elles à remettre totalement en question ?
Faut-il réintroduire la « constante cosmologique » de la Relativité Générale, dont Eistein disait : c’est la plus grande sottise de ma vie !
C’est décourageant, après un siècle d’efforts inouïs de devoir abandonner une théorie si précieuse et si féconde… et pour la remplacer par quoi ?

Einstein, dépité par le succès de la physique quantique qu’il trouvait « abominable », disait à la fin de sa vie… qu’il aurait mieux fait de se faire plombier que physicien…
Aujourd’hui, Etienne Klein ( je le vois dans ses ses yeux)
préférerait retourner faire de l’escalade sur la face Nord des Grandes Jorasses , plutôt que de continuer à expliciter des hypothèses fumeuses d’épicycles à des auditoires hébétés…( et qui s’en foutent ! )

Il y a comme cela, dans nos vies, des grands moments de doute…
En écoutant Etienne Klein, je pensais au « sage Salomon » écrivant L’ECCLESIASTE, un jour de grande déprime…

Vanitas, vanitatum, omne est vanitas…

Vanité des vanités, tout n’est que vanité…
Piqure de rappel : Ecoutez les Byrds qui chantent l’Ecclésiaste dans les années 70 : Turn, turn,turn…
https://www.youtube.com/watch?v=W4ga_M5Zdn4


Un savant pasteur protestant, sur le Web, m’explique ce que cela signifie :

Le mot VANITE traduit par futilité évoque l’lnslgnlflance et l’inconsistance de la vie sans Dieu. Vanité des vanités est la forme hébraïque du superlatif (Par exemple: Cantique des cantiques, saint des saints, serviteur des serviteurs – Genèse 9: 25). 


Voici le texte de l’Ecclésiaste chanté par les Byrds :

To everything – turn, turn, turn
Pour chaque chose – tourne, tourne, tourne
There is a season – turn, turn, turn
Il y a une saison – tourne, tourne, tourne
And a time for every purpose under heaven
Et un temps pour chaque objectif ici-bas

A time to be born, a time to die

Un temps pour naître, un temps pour mourir
A time to plant, a time to reap
Un temps pour semer, un temps pour récolter
A time to kill, a time to heal
Un temps pour tuer, un temps pour guérir
A time to laugh, a time to weep
Un temps pour rire, un temps pour pleurer

A time to build up, a time to break down
Un temps pour construire, un temps pour détruire
A time to dance, a time to mourn
Un temps pour danser, un temps pour se lamenter
A time to cast away stones
Un temps pour jeter des pierres
A time to gather stones together
Un temps pour assembler des pierres

A time of war, a time of peace
Un temps pour la guerre, un temps pour la paix
A time of love, a time of hate
Un temps pour l’amour, un temps pour la haine
A time you may embrace
Un temps où tu peux étreindre
A time to refrain from embracing
Un temps pour se réfréner d’étreindre
A time to gain, a time to lose
Un temps pour gagner, un temps pour perdre
A time to rend, a time to sew
Un temps pour déchirer, un temps pour recoudre
A time to love, a time to hate
Un temps pour aimer, un temps pour haïr
A time of peace, I swear it’s not too late !
Un temps pour la paix,
 je jure que ce n’est pas trop tard !

Je jure… qu’il n’est pas trop tard, Etienne Klein, pour continuer à penser, à douter… et à s’émerveiller !

Beau ciel, VRAI CIEL, regarde moi qui change !
…après tant d’étrange aveuglement.

Le vrai miracle de la COSMOGENESE, c’est que, …
plus de treize milliards d’années après le déploiement de ce cosmos gigantesque,
et sa longue ascension vers la complexité et la conscience…
il y a ait quelque part dans une galaxie un petit paquet de neurones
qui se pensent et qui s’appellent ETIENNE KLEIN…
( plus de 100 milliards, tout de même, ce n’est pas un petit paquet…)
un cerveau qui s’interroge, qui calcule, qui s’émerveille… et QUI DOUTE !

Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes…

Il y a un siècle, sur la plage de Sète, Paul Valéry se posait les mêmes questions devant le ciel bleu et sa (future) tombe, dans « le cimetière marin ».

Beau ciel, VRAI CIEL, regarde moi qui change,
Après tant d’orgueil, après tant d’étrange aveuglement…
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
sont le défaut de ton grand diamant !

Cher lecteur ! En cette année 2020,
j’ai l’intention de recenser les nombreuses notes de
TOUT CE QU J’AI COMPRIS ET RETENU de mes lectures d’Etienne Klein, Trinh, Hubert Reeves, etc — sur le grand mystère de la la cosmogénèse et l’apparition de LA CONSCIENCE…

ça vous intéresse ? — envoyez moi vos notes et vos réflexions ! A SUIVRE

Ma vie et mes amours… s’éloigner et se refroidir, comme l’univers ?

…ou accueillir, embrasser, et s’embraser, pour faire que la Création se continue ?

En lisant les réflexions cosmologiques distinguées des astronomes sur l’expansion de l’univers, il m’est venu, ce matin (à jeun ) cette interrogation banale mais néanmoins récurrente :

Tout s’éloigne de tout ! Tout se refroidit…

A chaque seconde, toutes les étoiles, toutes les galaxies de notre univers s’éloignent les unes des autres,
et l’univers se refroidit inexorablement…
Déjà, il n’est plus qu’à 3 degrés au dessus du zéro absolu !
C’est très froid…

Heureusement que, par-ci par là,
il y a des étoiles…
petit oasis d’amour dans un désert glacé…

Les étoiles, dont la gravité attire, accueille et retient les moindres particules gazeuses qui passent à leur portée,
des étoiles où les particules se caressent, se pressent
et s’embrassent follement jusqu’a s’embraser et s’unir,

des étoiles qui rayonnent et éclairent et réchauffent
en brulant follement et généreusement tout leur hydrogène…
et qui finissent par exploser en semant des atomes nouveaux dans l’univers…

Etoiles du ciel ! Oasis d’amour où tout devient possible,
où les lois mystérieuses de la physique quantique font naître des architectures savantes,
des atomes de plus en plus complexes,
de plus en plus savamment agencés,

Gérard de Nerval le disait :
« Un mystère d’Amour, dans le métal, repose ! »

Et nous qui sommes des poussières d’étoiles,

NOUS, amas d’atomes et de cellules vivantes, merveilleusement agencés par un plan mystérieux,

Nous, prodigieux assemblage de cent milliards de neurones,
nous, nouveau point culminant de la Vie, devenu consciente d’elle-même,


Ssommes-nous des étoiles brulantes…
ou sommes nous déjà des résidus d’étoiles, créations avortées qui sont en train de s’éteindre, de se refroidir
et de retourner en poussière dans le vaste univers glacé…

Tout s’éloigne de tout, et se refroidit…
En est-il de même pour notre cœur et notre âme ?

Tout s’éloigne de tout, et se refroidit…
Et chez nous ?
En est-il de même pour notre cœur et notre âme ?

Si nous ne faisons rien,
à chaque instant nous nous éloignons imperceptiblement de tout ce que nous aimons,
et nous laissons notre cœur et notre âme se refroidir et se congeler peu à peu…

Comme le chante Léo Ferré, dans « Solitude! » :
Alors, … on n’aime plus.
Et l’on se sent floué
par les années perdues…

Leo ? Est-ce que ce n’est pas une bonne définition de l’enfer ?

Ils sont venus avant nous…ils ont espéré, un moment, ils ont aimé…ils ont donné un sens à l’aventure mystérieuse du Cosmos. « L’univers est une machine à faire des Dieux. » (Henri Bergson)

Chaque jour, l’Univers nous interroge. A quoi allons nous servir aujourd’hui ?

Est-ce que nous laissons notre cœur et notre âme se congeler peu à peu, s’éloigner de tout, se perdre dans l’immense solitude du cosmos ?
Ou bien, sommes nous prêts à devenir une petite étoile de plus ?


L’univers s’étend, pour nous laisser la place…
Il attend que la petite étoile que nous sommes fasse son travail quotidien,
aimer, accueillir, embrasser, et s’embraser pour faire naître des atomes nouveaux,
et faire que la Création, mystérieusement, se continue avec nous, et par nous.

Le romantisme et la poésie de Lord Byron, par Charles Nodier.

Ceux qui aiment les poèmes en prose, se régaleront de réciter lentement, à haute voix, cette page magnifique de Charles Nodier.
Ceux qui s’intéressent à l’histoire de notre littérature européenne découvriront ici une analyse sarcastique et pénétrante des conditions de naissance du romantisme :

Œuvres complètes de Lord Byron
AVANT–PROPOS PAR CHARLES NODIER

L’apparition de lord Byron dans la littérature européenne est un de ces événements dont l’influence se fait ressentir à tous les peuples et à toutes les générations :
non que lord Byron soit, comme l’ont avancé quelques critiques irréfléchis, le créateur d’un nouveau genre de poésie; il n’appartient pas à l’homme de rien créer; et moins encore la langue poétique, c’est-à-dire celle du goût et du génie, que la langue usuelle des besoins.
Témoin du renouvellement d’une civilisation, lord Byron a été l’interprète le plus puissamment inspiré de tous les sentiments, de toutes les passions, tranchons le mot, de toutes les frénésies qui s’éveillent dans l’intervalle orageux où se confondent les essais d’une société naissante et les convulsions d’une société qui tombe.

Je le répète: il n’a pas plus inventé cette poésie que cet état de choses: il l’a révélée.

On se récrie cependant sur cette multitude d’imitations plus ou moins heureuses que le succès presque universel des poèmes de lord Byron a produites, soit dans notre littérature, soit dans la plupart des littératures contemporaines; on s’étonne, dis-je, de l’envahissement immense et simultané du genre romantique, à défaut de reconnaître que cette tendance des esprits résulte bien moins de l’influence accidentelle d’un homme de génie que de l’état et des besoins réels de notre société.

Essayons de montrer comment cette révolution s’est faite, et d’établir que son action inévitable n’a pu se manifester par d’autres résultats.

Depuis les siècles de renouvellement qui ont succédé aux âges appelés barbares, toutes les sciences et toutes les idées éclectiques de l’homme ont tendu à se matérialiser; et, par un effet de réciprocité infaillible dont la cause est dans notre nature, qui aspire toujours à exister quelque part hors d’elle-même, les choses purement matérielles de la vie ont éprouvé le même penchant progressif à la spiritualité.

Ainsi, d’une part, les idées abstraites de l’étendue et du temps ont été soumises à des formules exactes et à des figures inaltérables;
les incompréhensibles merveilles de la eréation se sont trouvées prisonnières dans l’eneeinte étroite et abstraite des méthodes;
les combinaisons inextricables des substances élémentaires ont subi la loi capricieuse des nomenclatures ;
la morale, arrangée en aphorismes, a pris plaee parmi les sciences d’observation, peut-être même parmi les sciences de calcul:
la politique, subordonnée à des règles de statistique et d’équilibre, est devenue un méeanisme particulier où le jeu de quelques ressorts et le balaneement de quelques contrepoids est substitué aux prineipes de l’ordre et aux opérations de l’intelligenee;
la religion elle-même, eonvertie par la réforme en une simple « institution réglementaire, s’est eonfondue peu à peu avee les poliees communes de la société, et n’en diffère presque plus, dans une grande partie de l’Europe, que par quelques cérémonies sans pompe et sans mystères.

On dirait enfln qu’une âme a été retirée de la eivilisation, et qu’un génie funeste est venu tout à eoup lui enseigner le néant,

D’un autre côté cependant, ce qu’il y a de plus positif, de plus matériellement perceptible à nos connaissanees, et par conséquent de plus passager dans la vie de l’homme, se raffinait avee une puissance incroyable.

Ce sentiment d’une destination divine qui caractérise notre noble essenee, violemment chassé de la région des idées intellectuelles et morales, se réfugiait dans l’être physique, et lui rendait, comme en jouant, cette âme que la philosophie croyait avoir bannie de la nature.

L’amour, si nul ehez les anciens, où un spiritualisme ingénieux animait toute la création, et où la pensée, divisée entre tant d’objets, manquait de cette intensité de loisirs et de réflexion qu’exigent les affections profondes,
prit chez les modernes un caractère éminemment passionné qui fut susceptible de revêtir toutes les nuanees de l’expression poétique, depuis le naïf jusqu’au terrible, et d’embrasser tous lés extrêmes de l’imagination, depuis les émotions les plus eélestes jusqu’aux aberrations les plus infernales.

La mélancolie, espèce de maladie mentale, dont le nom même indique l’origine toute physique, n’avait présenté à l’antiquité elassique que l’idée d’une triste infirmité; elle devint une Muse.

Le présent sans espéranees et sans avenir n’entretint le poëte que des regrets du passé, et du souvenir des splendeurs éteintes et des joies évanouies.

Les ruines, rares chez des peuples nouveaux, jaloux de la conservation de leurs monuments, et pour qui la dégradation des temples, fùt-elle même l’ouvrage du temps, était une profanation;
muettes chez des peuples dissipés et voluptueux qui n’appréciaient que 1es jouissances réelles;
ces ruines qui racontent l’histoire des âges écoulés, et qui menacent la pensée de la déeadence infaillible de toutes les grandeurs et de toutes les prospérités,
inspirèrent le génie rêveur de la nouvelle école.

Elle s’informa curieusement des misères de l’homme dont notre stérile matérialisme et notre scepticisme dédaigneux avaient abdiqué les hautes destinées.
Elle s’inspira de ses passions; elle s’asservit à ses faiblesses;
elle peignit de préférence les angoisses de la douleur et les scènes de la mort, parce que c’est dans ces crises solennelles que les puissances physiques de l’être, luttant avec sa destruetion, semblent suppléer, à force d’expansion et d’énergie, au privilège divin que l’incrédulité lui refuse.

Trahie par une philosophie aride et cruelle, la poésie sentait de plus en plus la nécessité d’oser.

Les sophistes avaient tout matérialisé, jusqu’à la pensée:
elle divinisa tout, jusqu’à la matière.

Elle inventa en quelque sorte le genre descriptif en lui donnant une extension tout à fait inconnue des anciens, qui n’y voyaient qu’un ornement, et qui ne paraissaient pas s’être avisés, du moins dans les rares exemples qui nous en restent, de coordonner l’impression des faits naturels à des idées morales d’un ordre sérieux.

Dans l’hypothèse ineroyable où notre société se trouvait placée, je dois le redire encore, c’étaient les seuls objets matériels qui pouvaient rappeler les idées moraIes; et la poésie, entraînée par le mouvement de cet ordre vicieux, en accepta les obligations pour en obtenir les conséquences.

La nature morte prit une existence, une physionomie, des passions; les ténèbres se peuplèrent; le tombeau s’anima; le néant fécondé répondit à l’appel du génie, et l’on put dire, en imitant l’expression de Bossuet, que tout avait pris une âme, depuis que l’homme avait répudié la sienne.

L’époque littéraire dont je parle sera sans doute unique dans la durée éternelle des temps, et par conséquent elle devait porter un sceau qui la distinguât éternellement de toutes les autres.

Qu’on n’oublie pas que tout ce qu’il y a de vraiment inspirateur dans les croyanees de l’homme, et même dans ses fictions, avait alors disparu.

La nouvelle école poétique trouva la mythologie des anciens, cette riche moisson d’images et d’allégories, tellement défleurie par la fade profusion des mêmes formes et des mêmes figures, tellement fanée par les récoltes fastidieuses d’une imitation monotone, que le lever du soleil, si touchant et si sublime pour un homme bien organisé, ne se présentait plus à la pensée sans quelque mélange de ridieule, avec les doigts de roses de l’Aurore.

Le Christianisme, longtemps exilé par de respectables scrupules des domaines de l’imagination, et qui aurait offert au poète des couleurs neuves et brillantes, était proscrit de ses temples et de ses autels; toutes les inspirations élevées de l’esprit et du cœur s’étaient retirées avec lui;
et dans la poésie eomme dans la société retentissait ce cri épouvantable que les navires de Tibère avaient entendu gronder sur l’Oeéan au milieu d’une tempête : « Les dieux sont morts ».

Une grande difficulté dut se présenter alors aux talents audacieux que la sécheresse d’une éducation prosaïque n’avait pas découragés,
et qui osaient essayer encore d’entretenir le feu des muses.

La poésie ne peut se concevoir sans merveilleux, et celui qu’inventa le génie,
dépossédé à la fois des riants mensonges de l’antiquité et des vérités solennelles de la religion, participa nécessairement du caractère frénétique de l’âge d’exception au milieu duquel il avait été conçu;
il fut tout ce qu’il pouvait être, et ce que sont toujours les prétendues inventions de l’esprit de l’homme, c’est-à-dire l’expression et le symptôme de la grande maladie sociale qui l’avait produit ;
et l’avenir y trouvera un monument triste, quoique imposant, de nos infortunes et de nos erreurs.

Ce merveilleux, inconnu de tous les siècles littéraires, fut emprunté aux idées vagues et à peine indiquées que les classiques paraissent s’être formées de l’état qui précède et qui suit l’existence animée de l’être matériel.
On le chereha dans ce mélange confus d’éléments sans formes, sans rapports, sans nécessité, sans objet, que l’imagination est obligée de se représenter, quand elle veut supposer l’absence de la création vivante; on le chercha dans les images ténébreuses de l’Érèbe et de la Nuit, dans ces émanations informes et muettes des tombeaux, auxquelles la terreur attribue une figure analogue à celle des morts dont elles apportent sur la terre les sinistres messages ;  dans cette abstraction indéfinissable et terrible dont parle Tertullien: « le Je ne sais quoi » qui succède au cadavre, et qui n’a de nom dans aucune langue.

Le monde mystérieux n’eut plus d’autres habitants que les larves altérées de sang du onzième livre de l’Odyssée! mais cette fable extraorclinaire n’était qu’une anomalie effrayante dans l’enfer homérique;
elle fut pour la nouvelle poésie une mythologie tout entière.

Il existe même un poème allemand qui contient la révélation de cette poétique barbare. Aux premiers rayons de la lune frappant à travers les vitraux d’une église solitaire, bien loin de l’enceinte des villes, tout ce qui reste de plus subtil de la dépouille des morts s’élève contre les ais du cercueil, soulève le sable mouvant de la fosse, agrandit, pour s’ouvrir un passage, la fente des pierres sépulcrales, et puis s’assied sur les tombeaux avec un aspect semblable à celui des vivants. Ces images imparfaites de la créature qui n’est plus viennent demander au Fils de l’Homme l’immortalité qu’il leur a promise, et le Fils de l’Homme paraît pour leur annoncer le néant, dont cet inconcevable ouvrage est l’épopée.

Il ne s’agit pas ici d’examiner ce qu’une pareille fiction a de profane et de monstrueux, puisque nous sommes renfermés clans les bornes étroites d’une discussion littéraire; mais nous ne contesterons pas à cette composition le mérite d’exprimer avec une horrible puissance les idées prédominantes du siècle.

Voilà la poésie qu’il nous a faite.

Un autre caractère qui lui est propre, et qui reconnaît une origine commune avee ceux que nous avons remarqués jusqu’ici, c’est-à-dire l’incroyable déviation de la raison humaine, c’est ce vague de passions dont l’admirable épisode de René est le type classique, mais qui, tout à fait isolé des idées religieuses, ne présente qu’un des symptômes les plus redoutables de la grande révolution qui s’accomplit dans la société.

L’exercice de la pensée corrompue par un fol orgueil est devenu un tourment pour les intelligences les plus actives et les plus élevées.

A mesure que les liens de l’institution ancienne, relâchés et dissous par la force d’anéantissement à laquelle le monde social est soumis, ont laissé à l’homme solitaire et comme abandonné la faculté de réagir sur lui-même,
et que cette faculté, convertie en besoin, a fait place à un individualisme de plus en plus effrayant,
ce vague s’est accru de toutes les ténèbres du doute appliqué à toutes les perceptions de l’être rationnel et sensible.

L’âme, plongée comme à plaisir dans un chaos d’incertitudes,
a trouvé une sorte de volupté à s’emparer du néant par anticipation,
et la moralité de la vie a disparu tout entière devant je ne sais quelle philosophie expérimentale qui n’est appuyée sur aucune croyance.

Une envie passionnée de pénétrer dans la réalité des choses, et d’arriver partout à l’inconnu, a entraîné l’imagination au delà de toutes les bornes.

Les digues salutaires que la religion, les lois, la nature elle-même avaient opposées aux irruptions de cette curiosité funeste, n’ont fait qu’irriter son activité infernale.

On connaît la sublime allégorie des Égyptiens, qui avaient placé l’inviolable sanctuaire d’Isis derrière un grand nombre de voiles;
ces voiles se levaient pour les initiés suivant les progrès qu’ils avaient faits dans les mystères, jusqu’à un voile inaccessible au vulgaire, qui ne se levait que devant les prêtres, et après lequel Isis, encore voilée, restait cachée à leurs propres yeux.

C’est ce voile que le génie insensé des modernes déchire par lambeaux, dans l’horrible espérance qu’il ne cache qu’un cadavre.

Telle est l’idée sur laquelle sont fondées ces fictions romantiques qui appartiennent à un ordre de passions délirantes, ignorées des anciens, mais trop réelles et trop exaltées pour n’être pas poétiques.

Le sentiment que nous inspire la poésie résulte de l’intérêt sympathique que nous prenons à des émotions et à des douleurs avec lesquelles notre pensée est plus ou moins familière.

Ainsi, les héros classiques devaient être exposés à des dangers réels, attaqués par des ennemis visibles, on poursuivis par des êtres moraux dont la croyance publique admettait l’existence et le pouvoir.

Les héros des fables modernes n’ont guère de lutte à soutenir que contre leurs propres penchants, leurs erreurs, leurs préjugés, leurs passions, parce ‘que notre sécheresse et notre égoïsme n’ont pas laissé d’autre agents de sympathie à la disposition du poète.

C’est là l’idée première des principaux poèmes de lord Byron.

Il n’en est aucune qui ne puisse servir à l’histoire philosophique de la pensée.

En lisant Claude Tresmontant : La Création est un don, une jubilation dyonisiaque…

Quel dommage ! Je n’étais pas au Forum sur la Pensée de Claude Tresmontant, qui vient d’être organisée à Lyon. On va se consoler en méditant quelques pages d’un de ses premiers livres : L’Essai sur la connaissance de Dieu. 1955   Quand on est génial, ça ce voit dès les premières œuvre…

TRESMONTANT-Essai sur la Connaissance de Dieu – p110

La matière semble travaillée, traversée par un élan de conscience organisatrice, par une intelligence créatrice.

L’intelligence qui a opéré et qui continue d’opérer dans le monde,
qui en a organisé la multiple structure, qui en constitue l’intelligibilité,

La création est don. Elle est don pour l’homme.

L’existence est don, et la création est don pour les êtres existants.

La création est don.

Elle est don pour l’homme.

la création tout entière est don,
la pluie, le soleil, le pain et l’eau,
l’homme pour la femme et la femme pour l’homme, sont don et joie.
La beauté du monde est don, sa saveur, sa splendeur.
La nature est jubilation.

Avant le mal et la souffrance, …il y a eu un DON !

Pour qu’il y ait problème du mal, souffrance et mort, il faut d’abord qu’il y ait vie.


Le problème du mal est un problème dont on ne saurait surestimer la gravité,
mais c’est un problème second par rapport à l’exis­tence et à la vie.

le monde apparaît comme la manifestation d’un amour créateur.
L’ Absolu est don et amour.

La création est don :

La création est don :
d’abord ce don de l’être que nous sommes,

ce don de l’existence pour nous qui sommes.

Puis, à ces êtres créés,
a été fait le don des biens de la création.

A ces êtres désirants, a été fait le don de ce qu’ils désirent.

A cette faim, le don du fruit.

Pour l’homme, le don que constitue la femme,

pour la femme ce don qu’est l’homme.

La beauté de la création.

Après tout, la création pourrait être terne, grise, avare.
Elle est luxueuse, surabondante,
et la beauté est son caractère le plus universel.

Cette beauté, ce luxe de la création, indique qui est Dieu :

Cette beauté, ce luxe de la création, indique qui est Dieu :

Il n’est pas ce dieu avare et triste, rancunier et comptable, mesquin,

que veulent nous imposer tant de traités de spiritualité.

Dieu est jubilation,
son œuvre qui le manifeste est jubilation.



Ce caractère dionysiaque que les anciens avaient aperçu dans la création… est bien l’œuvre du Créateur.


Ce don de la femme qui est fait à l’homme,
ce n’est pas le don d’un dieu chagrin, puritain, ni jaloux.

La beauté de la femme, la beauté de l’homme,
qui sont l’un pour l’autre mutuellement don, sont enseignement sur le Dieu créateur, le Dieu vivant.

Le visage de la femme nous enseigne davantage sur Dieu que tous les traités de spiritualité.

La délectation, la volupté que l’homme et la femme connaissent en se connaissant, sont aussi I’œuvre de Dieu, et signes de Dieu.

Malgré l’horreur du monde, le mal qui sévit dans le monde ?

Cette beauté, cette jubilation, cette volupté
qui est pour une part l’essence de la création,
ne doit pas nous faire oublier, et nous n’avons garde de l’oublier,
l’horreur du monde, le mal qui sévit dans le monde.

L’un et l’autre existent de fait, dans notre expérience.
Selon les tempéraments, les auteurs minimisent l’un ou l’autre,
majorent l’un ou l’autre aspect.

A Somali woman holds her son among many other women at the refugee camp in Baidoa. ca. August-September 1992 Baidoa, Somalia

Aussi bien que la beauté, l’horreur du monde ne saurait être exagérée,
mais ce qu’il convient de ne jamais perdre de vue,
c’est qu’ils existent tous les deux, et constamment.

Dès le niveau biologique, l’horreur semble régner, en constatant le chagrin de la bête qui voit son petit dévoré sous ses yeux.

Dès le règne purement animal, l’ entre-dévorement, le massacre est la loi.

Au plan humain, les choses s’aggravent.
Le lion qui dévore une gazelle accomplit un. acte purement biologique, physiologique, inscrit dans sa nature, et nécessaire.

L’homme qui opprime, qui tue ou qui torture l’homme, n’accomplit pas un acte biologique ni physiologique nécessaire.

L’acte humain n’est plus un acte purement biologique.
Il s’y ajoute la gra­tuité qui est propre au plan humain, au plan éthique.

Lorsqu’on aborde le problème du mal, il faut donc distinguer plusieurs choses :

1—  Un plan naturel, biologique :
il y a, apparem­ment, du mal, ou du moins de la douleur, dans la création au niveau purement biologique.
Du mal subi, mais non du mal au sens éthique.
De cela au moins l’homme n’est pas responsable.

2—  Ce plan biologique se continue d’une certaine manière et dans une certaine mesure avec l’appa­rition de l’homme.
L’animalité se continue en l’homme, et il reste encore du biologique dans certains phénomènes d’expansion humaine, et peut-être dans la guerre elle-même.
Le déferlement des hordes qui ont envahi l’Asie Mineure au rve millénaire avant notre ère, n’est sans doute pas essentiellement différent du processus vital et biologique en vertu duquel le lion mange la gazelle lorsqu’il a faim.
Une certaine expansion biologique est naturelle, nécessaire, saine.

Mais l’homme ajoute quelque chose de nouveau :

il apporté avec lui la dimension éthique.

Il apporte le mal, au sens éthique, le mal superflu, le mal per­vers.

Il défigure la création,

il défigure l’homme son frère,

il se défigure lui-même.

Il détruit, il massacre, il torture, il opprime, il humilie.

3— Il faut enfin se souvenir que, quelle que soit l’horreur qui règne dans la création,

en vertu de sa structure même, ou par la faute de l’homme,

ce mal, cette horreur, n’annulent pas

la beauté, l’ex­cellence, la saveur et les délices de l’existence et de la création,

mais s’y ajoutent, d’une manière si l’on peut dire complémentaire.

Le fait du mal n’en­lève rien au fait primordial de l’excellence et de la splendeur de la création.

Il faut garder ces deux faits, ces deux données, fermement en main, et d’une manière simultanée, si l’on veut penser le phénomène tel qu’il se présente.

Ne voir que l’hor­reur, comme les gnostiques, et déclarer que la créa­tion est foncièrement mauvaise, c’est délirer : c’est oublier toute la part de paix et de beauté de la vie.

Ce qu’il nous importe de souligner ici, eu égard à notre problème de la connaissance de Dieu,

c’est qu’on ne peut pas annuler le fait primordial,
à savoir l’existence et l’excellence de la création,
en invoquant un élément réel de cette création, à savoir le mal qui y sévit.
Car le mal est dans la création.

Le problème du mal ne saurait annuler la démarche par laquelle, à partir de la création, on accède à la con­naissance du Dieu créateur.
Le problème métaphysique de l’être créé demeure, e
t le problème du mal ne saurait contraindre la réflexion à nier l’Être incréé et créateur,
au nom du mal qui règne partiellement dans la création.

disons ici seulement que la distinction entre le mal subi, ou mal physique,
qui règne apparemment dans la création, en vertu même de sa construction,
et le mal que l’homme fait, et qui n’est pas nécessaire, est importante,

car il n’est pas légitime de rejeter sur le Créateur le mal que l’homme fait,
si l’on prend au sérieux cet Homme qu’il a créé, pour être maître de son destin,
et pour jouer librement le jeu de dieu créé,
qui fait l’appren­tissage de son métier de dieu.

Les insuffisances, les inachèvements et les douleurs de la création restent un problème,
mais il convient de ne pas mêler ce problème à celui de la liberté de l’homme et de ses fruits amers.

Fin du chapitre